Frères ennemis, la Syrie et les Palestiniens entretiennent des rapports tumultueux qui se sont envenimés ces dernières années sur fond d’accusations de trahison de la cause arabe ou d’ingérence dans les affaires palestiniennes. Pourtant, lorsqu’en 1965, l’actuel président palestinien Yasser Arafat lance la lutte armée contre Israël, après avoir créer le Fateh, c’est Damas qui lui fournit son principal appui et arme ses premiers commandos. Cette solidarité coûteuse – qui va entraîner Damas dans la guerre de juin 1967 avec Israël – n’est pas désintéressée, note le chercheur palestinien Moussa Budeiry. «C’est que le régime syrien se considère comme l’avant-garde du nationalisme arabe. Il n’a jamais oublié que la Palestine était la province du sud de la Syrie et pour lui, la lutte contre Israël est l’affaire de la nation arabe tout entière», souligne cet enseignant à l’Université al-Qods en Cisjordanie. Ce parrainage va devenir difficile à supporter pour la direction palestinienne qui tient par-dessus tout à garder son indépendance, en manœuvrant entre les différents régimes arabes. Les rapports vont commencer à se dégrader sérieusement entre la Syrie et les Palestiniens après l’entrée des troupes syriennes au Liban en 1976, à l’invitation des milices chrétiennes luttant contre les Palestiniens et assiégeant leurs camps. Les relations empirent après l’appui donné en 1983 par la Syrie à une scission du Fateh dans l’espoir – qui va s’avérer vain – de prendre le contrôle du mouvement national palestinien, en écartant Yasser Arafat. La rupture sera consacrée dix ans plus tard par les accords d’Oslo en 1993 entre les Palestiniens et Israël. Le régime du président Hafez el-Assad accuse M. Arafat d’avoir opté pour une paix séparée avec l’ennemi. «Les Syriens qui voulaient un front arabe uni se sont sentis trahis par cet accord négocié en secret, derrière leur dos», souligne M. Budeiry. Depuis lors, les relations entre Damas et l’OLP ont tourné à l’aigre. L’hostilité a éclaté au grand jour à plusieurs reprises, notamment en août dernier, lorsque le ministre syrien de la Défense, le général Moustapha Tlass, avait publiquement insulté M. Arafat, le traitant de «fils de p...». Aujourd’hui encore, Damas accueille une dizaine d’organisations palestiniennes opposées à M. Arafat. «Si les rapports entre les directions laissent à désirer, il n’en va pas de même pour ceux entre les peuples», estime toutefois le politologue palestinien Ghassan Khatib. Selon lui, les Syriens, à l’instar d’autres peuples arabes, sympathisent profondément avec les Palestiniens confrontés à l’occupation israélienne et la colonisation de leur terre. «De leur côté, les Palestiniens éprouvent du respect pour la position ferme adoptée face à Israël par le président Assad, qui tranche avec les compromis passés par certains de leurs propres dirigeants», note-t-il. Le ministre palestinien de l’Information et de la Culture, Yasser Abed Rabbo, s’est lui-même fait l’écho de cette attitude. «Palestiniens et Syriens ont ceci en commun : ils sont confrontés à l’occupation», a-t-il déclaré à la radio palestinienne officielle, la Voix de la Palestine. Espérant peut-être tourner la page, le président Arafat a décrété trois jours de deuil dans les territoires palestiniens à la suite du décès du président syrien.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Frères ennemis, la Syrie et les Palestiniens entretiennent des rapports tumultueux qui se sont envenimés ces dernières années sur fond d’accusations de trahison de la cause arabe ou d’ingérence dans les affaires palestiniennes. Pourtant, lorsqu’en 1965, l’actuel président palestinien Yasser Arafat lance la lutte armée contre Israël, après avoir créer le Fateh, c’est Damas qui lui fournit son principal appui et arme ses premiers commandos. Cette solidarité coûteuse – qui va entraîner Damas dans la guerre de juin 1967 avec Israël – n’est pas désintéressée, note le chercheur palestinien Moussa Budeiry. «C’est que le régime syrien se considère comme l’avant-garde du nationalisme arabe. Il n’a jamais oublié que la Palestine était la province du sud de la Syrie et pour lui, la lutte contre Israël...