La course contre la montre est engagée sur l’aéroport international de Tokyo-Narita pour construire une deuxième piste avant la Coupe du monde de football 2002 malgré l’opposition têtue de deux fermiers, derniers combattants d’une lutte de trente ans. Un champ d’agrumes tracé au cordeau, un bosquet de bambous et une bâtisse en bois : l’ensemble ne couvre que 1,7 hectare mais il donne des maux de tête aux autorités japonaises. Ces terres appartiennent à Shouji Shimamura, un fermier de 52 ans, qui a coupé tous les ponts avec les autorités aéroportuaires. La résistance de M. Shimamura et de Susumu Hagiwara, un voisin de 55 ans propriétaire d’un lopin de 277 m2, est cruciale parce que leurs deux propriétés se trouvent sur le tracé de la deuxième piste qui permettrait enfin au huitième aéroport du monde, en terme de passagers, de désengorger son activité et de se développer. Narita ne dispose en effet, depuis son ouverture mouvementée en 1978, que d’une seule piste de 4 000 mètres où ont atterri ou décollé 133 000 avions en 1999. Soit un toutes les deux minutes les jours de pointe. L’aéroport arrive aujourd’hui à saturation. Le manque de «slots» (droits d’atterrissages) mécontentent les compagnies présentes tandis que celles de 34 pays souhaitent y poser leurs avions. Pour les responsables de Narita Airport Authority (NAA), cette situation n’a que trop duré. D’autant que, dans juste deux ans, le Japon accueillera des centaines de milliers de supporteurs pour le Mondial qu’il co-organise avec la Corée du Sud. NAA a donc décidé d’aller de l’avant en construisant une deuxième piste plus courte que prévu, longue de seulement 2 180 mètres au lieu de 2 500, qui s’arrêtera à quelques mètres de la propriété de M. Shimamura. Les travaux ont commencé en décembre «et, comme ils avancent bien, tout devrait être fin prêt pour juin 2002 et le Mondial», assure Toru Nakamura, directeur général de NAA. Cette piste sera cependant trop courte pour accueillir les avions gros porteurs, qui assurent pourtant la majorité du trafic en raison de l’éloignement de l’archipel des États-Unis et de l’Europe. NAA va donc continuer à «tenter de convaincre les deux fermiers de vendre leurs terres», explique M. Nakamura. «Notre seule méthode est la persuasion. Nous sommes prêts à écouter leurs doléances», ajoute-t-il. «Mais, actuellement, nous ne pouvons pas discuter parce qu’ils refusent tout dialogue». M. Shimamura fait la sourde oreille. «Je sais qu’ils essaient de discuter mais nous n’avons rien à leur dire. La situation est la même depuis trente ans et n’a pas évolué», explique-t-il. «Nous devons être prudents car il s’agit d’un dossier très émotionnel. Cette terre appartenait à leur père, à leur grand-père. Or, au Japon, l’attachement à la terre est particulièrement fort», souligne Tsuneaki Iki, conseiller à la direction de NAA. La priorité des autorités est de ne pas rallumer «le conflit de Narita», qui s’est calmé dans le milieu des années 90 après avoir enflammé l’archipel, comme en témoignent encore la tombe de trois policiers tués au cours des heurts et les vestiges rouillés des barricades. Narita est pour cela l’un des aéroports les mieux gardés au monde : une double enceinte, avec miradors, le cerne et les contrôles y sont omniprésents, menés par 1 500 policiers armés. «Même si la situation est plus calme, nous redoutons toujours une attaque d’opposants radicaux», précise Hiroshi Muto, directeur général adjoint de la NAA. Soucieux d’apaiser la population, l’aéroport a dépensé 200 milliards de yens (2 md d’euros) pour limiter les nuisances sonores, notamment en plantant un million d’arbres.
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