Comme on le sait, c’est ce mardi en principe que M. Kofi Annan doit soumettre au Conseil de sécurité de l’Onu ses conclusions sur le rôle que la Finul pourra jouer au Liban-Sud durant et après le retrait israélien. Les recommandations du secrétaire général se fondent tout naturellement sur le rapport de mission que lui a remis son émissaire spécial pour la question, M. Roed-Larsen. Ce plénipotentiaire a relancé, au cours d’une tournée dans la région, les dirigeants libanais, syriens, israéliens mais aussi jordaniens et égyptiens. Ce qui dénote un souci de ne négliger aucun détail conforté par le fait que M. Roed-Larsen s’était fait accompagner de toute une équipe d’experts en divers domaines, dont le chef cartographe de l’Onu, M. Miklos Pinter. Bien que l’on ait assez rapidement décelé à Beyrouth les orientations de M. Roed-Larsen, on indique ne rien savoir de son rapport. «Mais nous savons au moins, indique un officiel, ce que nous-mêmes lui avons dit. Tout d’abord, nous avons tenu à gommer toute impression négative qu’il aurait pu avoir au sujet de notre position de fond à cause des insinuations israéliennes. En effet, les Israéliens avaient lancé contre nous, sur le plan diplomatique international, une campagne d’intox intensifiée. À Washington, à Londres, à Paris, à Londres ou à Madrid ils avaient tenté de faire croire que sur mot d’ordre syrien nous tentions d’entraver l’application de la 425. À les en croire, nous ne voulions pas récupérer le Sud avant que le Golan ne soit rendu à la Syrie. Et nous refusions, dans ce dessein de torpillage, toute mission, tout rôle actif de la Finul après le retrait. Toutes ces assertions, nous avons démontré à M. Roed-Larsen qu’elles n’étaient pas fondées. Nous lui avons rappelé avec insistance notre position : oui à l’application véritable de la 425 et de la 426, sans aucune réserve mentale. Nous nous sommes déclarés d’accord pour tout dispositif que l’Onu jugerait bon d’adopter en se fiant aux Casques bleus. Nous avons cependant précisé que les demandes ou conditions israéliennes outrepassant le cadre de la 426 ne pouvaient être acceptées, ni par nous ni par l’Onu. Ceci étant, nous tenons beaucoup à ce que la Finul soit en mesure d’accomplir la mission que lui confient la 425 et la 426. Nous y avons d’ailleurs un intérêt national évident». D’autant, sans doute, que comme le laissent entendre les loyalistes, il reste fortement question de généraliser au Sud le modèle suivi à Jezzine. C’est-à-dire de n’y déployer que les gendarmes, pour éviter tout risque de friction entre l’armée et le Hezbollah. Ce responsable reprend : «Israël a tenté, à travers les entretiens avec M. Roed-Larsen, de porter l’Onu à promulguer une nouvelle résolution qui lui serait favorable. Ce texte aurait été publié à l’occasion du retrait et aurait constitué une «interprétation technique» de la 425. Mais Israël a oublié que la 426 avait été justement conçue pour remplir ce rôle. Nous n’avons pas manqué de le rappeler à l’émissaire de M. Annan, en soulignant que les dispositions prévues sont largement suffisantes et qu’il suffit de les appliquer. Nous avons également rappelé à M. Roed-Larsen qu’une commission de notre armée, dirigée par le colonel Maher Toufayli, coopère déjà avec la Finul dans la perspective du retrait, pour signaler tout dérapage aux Casques bleus, le cas échéant, et leur permettre de vérifier plus facilement si le reflux a été complet. C’est la cellule de coordination armée-Finul qui doit en principe établir le plan de déploiement des Casques bleus dans la région frontalière, après le départ de l’occupant. Il existe également une commission de liaison générale Liban-Finul, dont la partie libanaise est présidée par le colonel Nazer Khoury. Nous sommes donc des partisans actifs de la coopération prévue dans la 426». Mais le Liban «ne veut cependant pas que la Finul se transforme en force de dissuasion», ajoute ce cadre. «Car c’est inutile, du moment que les parties concernées se sont engagées à coopérer. Si l’une de ces parties devait ruer dans les brancards, alors on pourrait envisager un durcissement de la mission des Casques bleus, comme cela s’est vu en Irak ou au Kosovo. Ceux qui préconisent une telle formule auraient dû y songer en 1978. C’était à ce moment-là, pour bouter l’occupant spoliateur hors du Liban, qu’une force de frappe internationale aurait été justifiée. Il est clair, conclut ce responsable, qu’Israël veut utiliser les Casques bleus comme chiens de garde».
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