Aday Isnaji se nourrit de cassava (manioc) et rarement de riz. L’eau, elle la puise dans la rivière et vit sans l’électricité. À Buansa, comme dans la plupart des villages de l’île Jolo (sud), où les rebelles musulmans retiennent 21 otages, c’est le Moyen-Âge. Ce n’est qu’à 8 km de la capitale de l’île du même nom et il n’y a déjà plus de route goudronnée, pas de lignes électriques, pas de systèmes d’arrivée d’eau, pas de médecin. Les villageois aux nombreux enfants, qui cultivent cassava et noix de coco, ont du mal à atteindre les 500 pesos (12 dollars) par mois – un policier en gagne au minimum 12 000. La terre, sur laquelle ils ont planté leur pauvre maisonnette aux murs de bambou et aux toits faits de feuilles de cocotiers où ils n’ont que quelques habits et des nattes pour dormir, appartient à une grande famille de l’île à qui ils reversent en échange environ un tiers de leur récolte. Perdus dans la jungle bien loin de Manille, ils se sentent abandonnés par l’État philippin comme les responsables locaux et s’arment pour se défendre eux-mêmes, alors que chaque semaine trois personnes sont tuées à Jolo, selon la police. «Quand Abu Sayyaf (le groupe de preneurs d’otages) parle d’oppression, c’est aussi la violation des droits au quotidien, ceux de la propriété et de la justice, les droits à l’eau, à l’électricité, à l’école», explique Hannibal Bara, responsable du département d’études islamiques à l’Université d’État de Mindanao et ancien professeur de certains rebelles. L’île de Jolo, à 98 % musulmane, vit du poisson et des algues, compte peu d’entreprises et ne vend presque rien de ses récoltes hors ses limites. Plus de 50 % de la population active est au chômage, tandis que le taux d’analphabétisme est important. Les écoles dans les villages sont souvent fermées de longs mois en raison des troubles récurrents, luttes de pouvoir perpétuelle entre les clans, actes de banditisme ou de rébellion. «Quand les musulmans disent qu’ils se sentent négligés par le gouvernement je pense que c’est vrai: en terme économique il n’y a rien et aucun projet», résume le père Romero Saniel qui officie à la chapelle du Sacré-Cœur, en ville. «À 18 ans, les jeunes ne savent pas lire, alors comment peuvent-ils trouver un emploi. L’illettrisme et l’ignorance sont un bon terrain pour le fanatisme, ils peuvent être manipulés facilement», poursuit le père Romero. À Jolo tout le monde reconnaît la très grande pauvreté de l’île mais chacun accuse l’autre d’en être responsable. La villageoise Aday Isnaji reproche au gouvernement philippin de ne rien fournir à l’île et au chef de son village d’avoir une «maison en dur avec un vrai toit». «C’est vrai que les habitants ont ce sentiment mais on ne peut pas blâmer uniquement le gouvernement car même si des fonds sont attribués, les projets ne sont pas mis en œuvre: il y a trop de corruption», affirme de son côté le gouverneur de la province de Sulu, Abusakur Tan. Les puissants leaders des clans, qui se partagent la direction des villages et municipalités, accusent eux le gouverneur d’être un chef de guerre. Quant au chef de la police, le colonel Candido Casimiro, il explique que s’ils sont si pauvres c’est parce que les gens font trop d’enfants. «Évidemment quand les gens n’ont rien à manger, ils font n’importe quoi», assure-t-il.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Aday Isnaji se nourrit de cassava (manioc) et rarement de riz. L’eau, elle la puise dans la rivière et vit sans l’électricité. À Buansa, comme dans la plupart des villages de l’île Jolo (sud), où les rebelles musulmans retiennent 21 otages, c’est le Moyen-Âge. Ce n’est qu’à 8 km de la capitale de l’île du même nom et il n’y a déjà plus de route goudronnée, pas de lignes électriques, pas de systèmes d’arrivée d’eau, pas de médecin. Les villageois aux nombreux enfants, qui cultivent cassava et noix de coco, ont du mal à atteindre les 500 pesos (12 dollars) par mois – un policier en gagne au minimum 12 000. La terre, sur laquelle ils ont planté leur pauvre maisonnette aux murs de bambou et aux toits faits de feuilles de cocotiers où ils n’ont que quelques habits et des nattes pour dormir,...