Les trois bateaux de tête de la transat en double Lorient-St-Barthélémy ont été les premiers à toucher à nouveau du vent dans la nuit de mercredi à jeudi et ont encore creusé l’écart avec le reste de la flotte. Les leaders, Jérémie Beyou et Pascal Bidégorry sur Volkswagen Castrol, sont à 723 milles de l’arrivée et possèdent trois milles d’avance sur Gildas Morvan et Bertrand de Broc sur Cercle Vert. «Tout va bien. Nous avons récupéré un petit peu d’air. Ça repart par devant et cela bloque toujours derrière. Nous engrangeons encore des milles. Je ne suis pas trop inquiète par rapport aux sudistes. Je ne pense pas que nous allons les revoir tout de suite. Je me préoccupe plus de Volkswagen et Cercle Vert, car j’ai l’impression que nous avons perdu un petit peu par rapport à eux», a commenté Karine Fauconnier. Son voilier, Sergio Tacchini-Itineris, n’a pas été repéré par le satellite au dernier classement mais se trouve vraisemblablement en troisième position. Pascal Bidégorry a en effet confirmé avoir pris quelque milles d’avance sur le tandem Fauconnier-Lemonchois. Pour l’instant, les chances des sudistes semblent s’amenuiser de jour en jour. Ces derniers ne baissent toutefois pas les bras. «Il n’y a pas beaucoup de vent et nous n’avançons pas très vite. Il y a une panne d’alizé. Nous attendons tranquillement et nous profitons de la mer comme elle est», a commenté Philippe Poupon, philosophe comme à son habitude. Le skipper de Fleury-Michon et sa coéquipière Florence Arthaud occupent la 11e position et ont 151 milles de retard sur les leaders. « À sec de crème solaire » «On ne sait pas comment cela va se terminer. À la fin du parcours, en général, cela passe un peu mieux par le sud. On verra. De toute façon, une fois que nous avons pris une option et une direction, nous sommes obligés d’y rester. Cela peut revenir par le sud et on peut encore avoir un changement de peloton d’ici l’arrivée», a ajouté Philippe Poupon. Les journées sous le soleil de plomb sont longues pour les 30 équipages de cette transat Ag2r qui en sont à leur 20e jour de course, dont douze depuis Madère, terme de la première étape. «Nous risquons même d’être à sec de crème solaire, tellement le soleil tape. Mais les nuits sont beaucoup plus agréables», a commenté Karine Fauconnier. «L’histoire dit que nous mettons beaucoup de temps pour rallier St-Barthélémy, mais à bord, le moral est au beau fixe. Nous nous sommes fait une petite toilette. Douche (ndlr : d’eau de mer) et rasage. Côté nourriture, nous n’avons pas de souci. Nous avions prévu large, pour 18 jours de mer. Nous ne serons pas comme des haricots secs à l’arrivée», a plaisanté Yann Elies, pointé en cinquième position à bord de Groupe Generali Assurance. «Nous trouvons le temps très long et nous regrettons d’avoir quitté nos petits camarades de la tête de la flotte. Ce n’est pas drôle d’être dans les choux», a commenté Franck Proffit sur Jacques-Vabre. Après avoir été en tête au début de cette deuxième étape, lui et son coéquipier Damian Foxall ont voulu se recaler au sud et se retrouvent désormais en 16e position. À Saint-Barthélémy, épouses, enfants et amis des navigateurs commencent aussi à trouver le temps long. L’arrivée n’est pas prévue avant lundi 15 prochain. Récupération «Nous sommes surpris d’avoir autant creusé l’écart face aux Sudistes, mais tout va maintenant dépendre de l’anticyclone, a expliqué Gildas Morvan. Il faudrait aller très sud pour toucher du vent, et je ne sais pas si on peut vraiment y aller, c’est très aléatoire. Une chose est certaine, c’est très dur psychologiquement». Avec son coéquipier, Bertrand de Broc, Morvan doit faire face depuis quelques jours à des problèmes de rationnement. «Nous n’avons presque plus de sucre, de café, dit-il. Pour l’eau, on essaie depuis quelques jours de récupérer le maximum sous chaque grain», soit deux à trois litres par jour. Mais, souligne Morvan, «il faut faire attention à tout, il va falloir se serrer la ceinture». Derrière eux, la flotte navigue à une allure de tortue, soit 2 à 3 nœuds (5 km/h environ). «On a des vents très faibles, indique Erwan Tabarly, 14e sur Armor Lux avec son père Patrick. Nous sommes sous spi, mais les voiles faseyent (claquent par manque de vent : Ndlr) plutôt que d’être gonflées. Prendre la route directe est la seule chose à faire, mais le plus dur va être de traverser l’anticyclone». Cette grosse bulle, composée des anticyclones des Açores et des Bermudes qui se sont rejoints, neutralise «Sudistes» comme «Nordistes». Pour Eric Mas, de MétéoConsult, «les Sudistes doivent faire leur retard dans les prochaines 36 heures. Après, il sera trop tard». À partir de vendredi, les alizés devraient être de retour, avec un vent de 20 à 25 nœuds, qui concernera toute la flotte.
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