Ni gros froid, ni pluies battantes, mais pas encore l’été. Un rituel à respecter, comme les arbres et les oiseaux : celui d’un nouveau plumage. Si les hommes ne concèdent à ce rite vestimentaire qu’une importance très secondaire, pour les femmes un changement de saison est une nouvelle naissance. La révolution de l’armoire, si elle est négligée par les manuels d’histoire, ne constitue pas moins une étape capitale par rapport aux équinoxes. Unique soutien dans cette tentative de survie : la presse féminine. Même si l’époux parasite la lecture des précieuses directives, la femme fouille textes et photos anxieuse de savoir ce qui serait encore portable ou modifiable parmi les restes de l’année précédente. Il est clair que le mâle ne voit dans cette démarche qu’une preuve supplémentaire de l’abyssale frivolité du sexe admis comme faible. Imaginez un peu, face aux problèmes de l’heure, aux plaies qui asssaillent l’humanité, se soucier de la longueur des jupes ou bien des plis des décolletés ! Dans des moments pareils, la femme est seule avec elle-même. Elle calcule, elle mesure, elle constate, elle soupire. Évidence tragique : les «moins» sont inexorablement plus nombreux que les «plus». Les importables forment une montagne. Les «éventuels», un tas quasi-imperceptible. Le reste égal néant. Le journal posé, la femme médite dans le climat gris de cette comptabilité lourdement déficitaire. Pauvreté de matériel, indigence de moyens, absence d’appuis extérieurs. Résultat : impossibilité totale de se hisser au niveau vestimentaire de son temps ! Le passage en revue se transforme en abîme... L’effondrement paraît inévitable... Cette crise n’est pas gratuite. Elle est préparatoire. Elle a pour objectif de convaincre le mâle récalcitrant de l’urgence impérieuse d’éliminer sans hésiter tout attirail véstuste en vidant son armoire. Ne rien garder, ni recycler. Éliminer, jeter, faire de la place. Ne dit-on pas, d’ailleurs, qu’il faut toujours se mettre à nu, aller au fond des choses, se départir de sa vieille peau à chaque nouveau départ ? Le début de l’été comme celui de l’hiver ne sont-ils pas, sans nul doute, des occasions idéales ? La nature d’ailleurs elle-même donne l’exemple en changeant sa parure de façon radicale. Comment une pauvre femme, frêle créature fragile, pourrait-elle se soustraire à cet appel cosmique ? Les maris, les amants, tout genre de protecteurs, les métiers de la mode, les femmes elles-mêmes aussi connaissent l’ampleur incontestée de ces crises saisonnières. Certains en font les frais. D’autres en font leurs choux gras. Mais ça fait vivre quand même beaucoup, beaucoup de monde...
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Ni gros froid, ni pluies battantes, mais pas encore l’été. Un rituel à respecter, comme les arbres et les oiseaux : celui d’un nouveau plumage. Si les hommes ne concèdent à ce rite vestimentaire qu’une importance très secondaire, pour les femmes un changement de saison est une nouvelle naissance. La révolution de l’armoire, si elle est négligée par les manuels d’histoire, ne constitue pas moins une étape capitale par rapport aux équinoxes. Unique soutien dans cette tentative de survie : la presse féminine. Même si l’époux parasite la lecture des précieuses directives, la femme fouille textes et photos anxieuse de savoir ce qui serait encore portable ou modifiable parmi les restes de l’année précédente. Il est clair que le mâle ne voit dans cette démarche qu’une preuve supplémentaire de l’abyssale...