Des principaux lieutenants encore en vie de Pol Pot, tenus pour responsables de la mort de près de deux millions de Cambodgiens, un seul est aujourd’hui en prison, le chef de guerre Ta Mok. Les autres hiérarques du Kampuchéa démocratique, nom officiel de la dictature polpotiste (1975-79), ont pris leur retraite dans d’anciens fiefs de la guérilla. Il n’est pas exclu qu’ils soient appelés à comparaître devant un tribunal. Le temps presse, la plupart sont des vieillards. – TA MOK: le chef d’état-major des Khmers rouges, âgé de 74 ans, attend dans une cellule d’être jugé. Dernier chef de la guérilla, il a été arrêté le 6 mars 1999. Il a été inculpé en vertu d’une loi de 1994 qui met les Khmers rouges hors la loi et risque entre 20 ans d’emprisonnement et la perpétuité. De son vrai nom Ek Chhoeun, unijambiste, Ta Mok (Ta veut dire «grand-père» en khmer) passera dans l’histoire sous le nom du «Boucher» pour sa cruauté. Parmi les dirigeants khmers rouges, il est le seul à ne pas avoir été éduqué à l’étranger. Il a acquis sa réputation de brutalité lors des purges qui caractérisèrent le régime polpotiste, qu’il a servi comme 1er vice-président de l’Assemblée populaire. Selon les historiens, ses troupes ont tué plus de 30 000 personnes dans un seul district au nord-ouest de Phnom Penh. C’est Ta Mok qui a évincé Pol Pot de la direction de la guérilla en juillet 1997 à la suite d’un règlement de compte entre factions. Son adjoint, KE PAUK, 66 ans, a été laissé en liberté après avoir rallié le gouvernement en 1998. – Un autre cadre de la répression polpotiste, moins élevé, est en prison: Kang Kek Ieu, connu sous le nom de «Deuch», tortionnaire en chef du «centre d’interrogatoire S-21» à Phnom Penh. 14 000 hommes, femmes et enfants – dont nombre de communistes cambodgiens victimes de purges –ont été torturés dans cette école. Ancien professeur de maths, porté disparu pendant 20 ans, Deuch, 58 ans, a été retrouvé et arrêté quelques semaines après Ta Mok. Converti au christianisme, il avait adhéré à une secte protestante américaine. – NUON CHEA, l’idéologue, de son vrai nom Long Bunruot, s’est retiré dans l’ancien bastion khmer rouge de Pailin, près de la Thaïlande, depuis son ralliement au gouvernement de Phnom Penh le jour de Noël 1998 en compagnie de Khieu Samphan. Âgé de 73 ans, on le dit en mauvaise santé. «Frère n°2» après Pol Pot, il était le plus secret des hiérarques khmers rouges, on ne sait pas grand-chose de lui, sinon qu’il serait derrière la plupart des purges qui ont ensanglanté le Parti communiste cambodgien. N°2 du commandement militaire khmer rouge et son commissaire politique en chef de 1970 à 1975, Nuon Chea a été président de l’Assemblée entre 1976 et 1979 et brièvement Premier ministre en septembre-octobre 1976. – KHIEU SAMPHAN, l’intellectuel, s’est aussi installé à Pailin depuis 1998. Il est connu comme «le visage public» des Khmers rouges, qu’il représenta lors de la signature des accords de paix de Paris en 1991. Né en 1931, il a été élève du meilleur lycée de Phnom Penh avant de suivre des études universitaires en France dans les années 50. Sa thèse de doctorat en économie, prêchant le retour aux valeurs de la terre, est souvent mentionnée comme le modèle de l’expérimentation agrarienne imposée par les Khmers rouges. Khieu Samphan a toujours été un serviteur loyal et diligent de Pol Pot, un maître des basses œuvres sous des allures courtoises, jusqu’à l’éviction du despote de la direction de la guérilla en juin 1997. Il fut officiellement chef d’État du Kampuchéa démocratique d’avril 1976 jusqu’à l’effondrement du régime au début 1979 après l’invasion vietnamienne. Il a ensuite été Premier ministre du gouvernement provisoire de la guérilla, son leader nominal, dans les années 1980 et 1990. – IENG SARY, n°3 de la hiérarchie, chef de la diplomatie khmère rouge, beau-frère de Pol Pot, il vit dans son fief de Pailin. C’est lui qui a porté un coup fatal au mouvement en faisant défection avec 4 000 maquisards de Pailin en août 1996. Il a bénéficié d’un pardon royal. Ieng Sary, 71 ans, assure qu’en tant que ministre des Affaires étrangères, il n’est pour rien dans les massacres khmers rouges. – Le «Frère n°1», POL POT. Il est décédé en avril 1998 à l’âge de 73 ans, apparemment d’une crise cardiaque, dans l’extrême nord du Cambodge, tout près de la frontière thaïlandaise. Un an avant, en juin 1997, il avait fait exécuter un de ses plus fidèles lieutenants, SON SEN, son ancien ministre de la Défense.
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