Rechercher
Rechercher

Actualités - Chronologie

A Belfast, catholiques et protestants restent séparés par un fossé de haine

À Belfast, Falls Road la catholique et Shankill Road la protestante vivent côte à côte mais restent séparées par un fossé de haine, témoignant du chemin qui reste à parcourir vers une réconciliation en Irlande du Nord, deux ans après la conclusion des accords de paix. Lorsque vous évoquez la possibilité de vous promener sur Shankill Road, John Bloomer manque s’étrangler dans sa tasse de thé. Oubliés le processus de paix, les déclarations politiques, l’accord du Vendredi Saint : ce chauffagiste catholique de 53 ans est certain que, dans ce bastion protestant, «la réception serait extrêmement hostile, pour ne pas dire plus». «Ils nous tueraient. Il reste encore beaucoup de sectarisme des deux côtés, mais plus encore de leur côté. Beaucoup de gens ne peuvent oublier les 30 dernières années», dit-il en tirant sur sa cigarette, attablé dans un bar à sandwichs de Falls Road. Deux ans après l’accord du Vendredi Saint, censé réconcilier les deux communautés, les vieilles inimitiés persistent sur ces deux artères, presque parallèles et dangereusement proches, qui coupent en deux l’ouest de Belfast. «Les gens ne se font tout simplement pas confiance», explique une grand-mère chargée de courses sur Shankill Road. «C’est toujours le même vieux rituel», dit-elle, en demandant à rester anonyme. «Il y a eu un peu d’espoir quand le nouveau gouvernement semi-autonome (où le pouvoir était partagé entre catholiques et protestants) a été formé (en décembre dernier). Cela a apporté aux gens une impression de stabilité. Mais les hommes politiques ne placent pas toutes leurs cartes sur la table. Il y a toujours une forte lutte pour la suprématie», ajoute-t-elle. Londres a suspendu le gouvernement local biconfessionnel et l’Assemblée semi-autonome d’Ulster il y a deux mois, faute de désarmement de l’IRA, plongeant du même coup l’ensemble du processus dans la crise. Shankill et Falls. Des noms synonymes des «troubles» d’Irlande du Nord, des rues à un jet de pierre l’une de l’autre, témoins de quelques uns des pires excès de violence qui ont tué plus de 3 000 personnes en 30 ans. L’hostilité est encore criante, ne serait-ce qu’à travers la galerie de peintures murales, souvent sinistres, qui «ornent» les murs de briques rouges des pubs et boutiques des deux rues. Cagoules et slogans «les Brits (Britanniques) dehors» s’étalent sur les murs de Falls Road, alors que poings brandis, gantés de rouge sang, et emblèmes de l’UFF, la plus importante milice paramilitaire loyaliste protestante, menacent sur Shankill Road. «Les choses semblent plus sombres maintenant», reconnaît Gail Comarford, 50 ans, une autre résidente de Falls Road. «Avec l’accord, il y a eu comme un vent d’optimisme qui s’est levé, puis ça s’est dégradé. Il n’y a toujours aucune confiance partagée». Les responsables de ce triste constat, c’est bien sûr «l’autre côté», dit-elle. Le dirigeant républicain catholique «Gerry Adams a mouillé sa chemise pour faire en sorte que ça marche, mais il ne semble pas qu’il puisse y avoir de compromis», ajoute-t-elle. Pourtant, les opinions ne sont pas toujours aussi tranchées entre les deux lignes. Dermot Rafferty, un étudiant catholique de 20 ans, estime ainsi que c’est le dirigeant protestant unioniste David Trimble qui «a vraiment mouillé sa chemise pour essayer de faire avancer les choses» en persuadant son parti, l’UUP, de partager le pouvoir avec Gerry Adams. Alors que la saison des marches, génératrice de troubles chaque année, débute à Pâques, tous s’accordent à dire que le temps presse pour relancer, si ce n’est sauver, le processus de paix. Certains se demandent même si cela en vaut la peine. «Après tout, du moment qu’ils arrêtent de tirer et de faire exploser des bombes, les gens se moquent bien de l’accord», estime John Bloomer. «La vie continue».
À Belfast, Falls Road la catholique et Shankill Road la protestante vivent côte à côte mais restent séparées par un fossé de haine, témoignant du chemin qui reste à parcourir vers une réconciliation en Irlande du Nord, deux ans après la conclusion des accords de paix. Lorsque vous évoquez la possibilité de vous promener sur Shankill Road, John Bloomer manque s’étrangler dans sa tasse de thé. Oubliés le processus de paix, les déclarations politiques, l’accord du Vendredi Saint : ce chauffagiste catholique de 53 ans est certain que, dans ce bastion protestant, «la réception serait extrêmement hostile, pour ne pas dire plus». «Ils nous tueraient. Il reste encore beaucoup de sectarisme des deux côtés, mais plus encore de leur côté. Beaucoup de gens ne peuvent oublier les 30 dernières années», dit-il en tirant...