L’armée allemande, la Bundeswehr, se prépare à affronter le plus grand bouleversement de ses 45 ans d’histoire, après la réunification de l’Allemagne en 1990 : ses structures, ses missions, son équipement, tout est en chantier. Une commission indépendante, présidée par l’ancien président Richard von Weizsaecker, planche depuis près d’un an sur une réforme qui, selon l’expression du ministre de la Défense, le social-démocrate Rudolf Scharping, va modeler le visage de «la Bundeswher des 20 prochaines années». Ses conclusions seront rendues publiques le 23 mai et le gouvernement s’est donné jusqu’à fin juillet pour décider des «grandes lignes» des changements à apporter, notamment au service militaire. M. Scharping, à l’instar de la majorité de la population et de la classe politique excepté les Verts, souhaite le maintien de la conscription parce qu’elle «lie fermement la société civile à la Bundeswehr et assure son efficacité». Il a toutefois annoncé une augmentation de la proportion des soldats professionnels et des engagés volontaires, davantage de flexibilité dans l’organisation et la durée du service militaire (10 mois actuellement) et une «réduction modérée» des effectifs des forces armées, qui devront désormais accueillir des femmes dans les unités de combat. La Bundeswehr est aujourd’hui forte de 330 000 hommes, un effectif que certains partis voudraient voir ramené à 260 000, voire 200 000. Pour sa part, M. Scharping penche plutôt pour le chiffre de 300 000, pour que l’Allemagne puisse continuer d’engager ses soldats dans des opérations à l’étranger. L’Allemagne doit notamment tenir 33 000 hommes à la disposition de l’Otan et elle est partie prenante du programme de défense européen, qui prévoit de mettre en place une force commune de réaction rapide composée de 60 000 personnes d’ici à trois ans. La nouvelle dimension internationale de la Bundeswehr, que M. Scharping et le chancelier Gerhard Schröder veulent accroître, nécessite cependant, outre des hommes, de l’argent et des équipements modernes dont elle est loin de disposer. M. Schröder a déjà averti : l’armée devra contribuer au programme d’économies budgétaires lancé par l’État et ne pourra pas compter sur une quelconque manne financière. Son budget, déjà en baisse, doit encore passer de 23,16 milliards d’euros cette année à 22,34 milliards en 2003. M. Scharping a dû se plier face aux exigences budgétaires, mais il ne cesse de mettre en garde contre les faiblesses de la Bundeswehr qui la rendent selon lui inadaptée à l’Alliance atlantique. Son équipement est vieilli, déplore-t-il, parlant d’un retard d’investissement de 7,5 milliards d’euros. Et de souligner qu’un pays industrialisé comme l’Allemagne devait endosser au sein de l’Otan une part de responsabilité qui corresponde à sa force économique et à la taille de sa population. «L’Allemagne court sinon le risque de devenir un partenaire de second rang dans la politique extérieure et de sécurité», s’est-il alarmé. Une inquiétude que partagent les partenaires de Berlin. En décembre, le secrétaire américain à la Défense, William Cohen, avait déclaré qu’«au moment où l’on demande même aux nouveaux alliés de consacrer au moins 2 % de leur PIB à la défense, la tendance (en Allemagne) est exactement inverse». La République fédérale consacre 1,5 % de son PIB à la défense. Par ailleurs, l’Allemagne a dû se retirer ces dernières années de plusieurs projets militaires industriels européens comme le projet de satellite Helios 2, que la France devra finalement réaliser seule, ou le projet franco-allemand de satellite d’observation radar Horus, finalement abandonné. Compte tenu de l’ampleur de la réforme, ses premiers effets ne sont pas attendus avant 2002-2003.
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