Les États-Unis ont menacé en pleine course aux armements au Proche-Orient dans les années 60, de retirer leur soutien à Israël s’il développait des armes nucléaires, selon des documents secrets rendus publics mardi. Un résumé de ces documents du département d’État, dont la plupart étaient initialement classés secrets, énumère une série d’actions diplomatiques entreprises par l’ancien président Lyndon Johnson pour empêcher Israël de «devenir un État nucléaire». Les États-Unis poursuivaient néanmoins leur politique d’aide à l’État hébreu afin qu’il se protège contre l’afflux d’armements d’URSS dans les pays limitrophes d’Israël : la Jordanie et l’Égypte. En 1964, l’Égypte, proclamée République arabe unie (RAU) par Jamal Abdel Nasser, recevait de l’équipement militaire soviétique. Et le roi Hussein de Jordanie avait fait savoir qu’il serait forcé de se tourner vers Moscou si Washington refusait de lui fournir de l’armement, selon ce résumé préparé par un historien du département d’État. Israël voulait acquérir des chars américains pour compenser le déséquilibre avec la RAU, mais la politique américaine hostile à la vente directe d’armes à Israël ainsi que la requête jordanienne, associée à l’intérêt affiché par les Soviétiques pour Amman, compliquaient la situation, poursuit le document. Washington cherchait à empêcher la fourniture d’armes soviétiques à la Jordanie, mais ne pouvait pas justifier la vente d’armes américaines au monarque jordanien alors qu’il refusait d’en livrer à Israël. Soucieux de maintenir l’équilibre militaire dans la région, Johnson dépêcha en février 1965 à Tel-Aviv son sous-secrétaire d’État Averell Harriman, en proposant une assistance à Israël mais seulement si l’État hébreu renonçait à développer l’arme nucléaire. «Washington était prêt à envisager des ventes directes d’armes à Israël, avec des conditions de crédit favorables, au cas par cas». Toujours selon le texte, «en échange de ce changement de politique, le gouvernement israélien ferait savoir à ses amis aux États-Unis qu’il était d’accord pour des ventes d’armes américaines à la Jordanie, pour s’engager à ne pas développer l’arme nucléaire et accepter une inspection de ses installations nucléaires par l’Agence internationale de l’énergie atomique», et ne pas agir contre les projets hydrauliques menés par les Arabes sur le Jourdain. Israël refusa, en relevant que le changement de politique n’était valable qu’au cas par cas. «Les Israéliens ne voulaient pas refuser d’envisager une option nucléaire dans le futur (...) en échange d’une vague promesse d’achats possibles d’armes», selon un haut responsable américain cité dans ces documents. Le secrétaire d’État Dean Rusk déclara alors qu’il était temps pour le gouvernement israélien de prendre des décisions difficiles», notamment en ce qui concerne le nucléaire. Harriman les informa que la position américaine avait été communiquée de façon ferme, mais sans que les Israéliens ne bougent. C’est alors que Johnson sentit, selon Rusk, qu’il «y a des limites au-delà desquelles nous ne pouvons pas soutenir Israël». L’affaire fut finalement résolue quand Israël accepta de s’engager à «ne pas être le premier à introduire l’arme nucléaire» au Proche-Orient. Les États-Unis commencèrent alors à vendre des armes à la fois à Israël et à la Jordanie. En dépit de l’engagement israélien, les responsables américains continuèrent à exprimer des doutes sur le programme nucléaire israélien, selon ces documents. À la mi-1966, Dean Rusk indiqua à Israël que s’il développait l’arme nucléaire, «il perdrait le soutien américain». Abba Eban, ministre israélien des Affaires étrangères de l’époque, protesta contre des menaces «incompatibles avec le climat de confiance qui doit prévaloir entre amis». La question de l’armement nucléaire israélien a été discutée le mois dernier à Washington lors d’un sommet entre Bill Clinton et Hosni Moubarak, selon les Égyptiens. Israël disposerait, selon les experts, de plus de 200 têtes nucléaires.
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