«Nous partageons le même destin que le volcan» : comme Kiyotaka Suzuki, de nombreux habitants d’Abuta ne tiennent pas rigueur au mont Usu d’être de nouveau entré en colère même si le prix à payer va être lourd. Kiyotaka Suzuki, un employé du service touristique de la petite ville thermale, couche hors de chez lui depuis mercredi. Il a été l’un des premiers évacués parce que sa maison pouvait être atteinte par une coulée de lave ou de boue dévalant le volcan enneigé. Le lendemain, «je suis retourné chez moi pour chercher des choses importantes. Ma maison était sans dessus dessous, raconte-t-il, joint au téléphone dans la salle municipale où il est hébergé. J’ai vu que les murs étaient fissurés et que tout, comme la vaisselle et les livres, avait été renversé. En fait, il n’y avait pas un endroit pour mettre le pied». Des images prises par un hélicoptère militaire ont montré que les rues d’Abuta, devenue une ville-fantôme, étaient recouvertes d’une couche de 20 cm de cendres. Les toits et les voitures portaient les traces d’impacts de chutes de pierres. «J’ai été terrifié par ce que j’ai vu mais je suis sûr que nous allons être frappés par une plus forte éruption», avance M. Suzuki. Les éruptions de vapeur et de cendres qui se sont succédé depuis vendredi ont été qualifiées de «relativement faibles» par les experts, qui n’excluent pas qu’une explosion plus violente ne se produise sur le sommet du mont Usu. Au-delà des dégâts matériels, M. Suzuki craint surtout les conséquences financières, «énormes» selon lui, car «la ville tire 70 % de ses revenus du tourisme». Grâce au mont Usu, Abuta est en effet devenue une station thermale réputée, les Japonais raffolant des «onsen», ces bains d’eau chaude volcanique purificateurs et relaxants. La proximité du lac Toya, au bord duquel s’élèvent les hôtels, a ajouté à la renommée de la petite ville. La saison devait débuter le 29 avril, après la fonte des neiges qui recouvrent l’île d’Hokkaido durant une bonne partie de l’hiver. «Depuis des mois, nos services préparaient les animations pour attirer les touristes. Nous avions notamment prévu de lancer des feux d’artifice tous les soirs entre le 28 juillet et le 31 octobre», explique M. Suzuki. Mais, comme de nombreuses personnes «évacuées», l’employé municipal ne veut pas se lamenter. «Nous vivons depuis longtemps en compagnie du volcan et du lac Toya. D’une certaine façon, nous partageons le même destin. Une fois ce moment difficile passé, nous ferons d’Abuta une station encore plus attirante». Également accueilli depuis mercredi dans une salle municipale avec sa femme Chiyoko, Fujio Watanabe, 66 ans, se félicite surtout du soutien apporté par les pouvoirs publics. «La municipalité nous a donné un masque (pour se protéger de la cendre) et un nécessaire de vie quotidienne, dont une bouteille d’eau, des vêtements, des serviettes et un savon. Je suis vraiment agréablement surpris par la réponse rapide et efficace du gouvernement». Témoin de la dernière éruption, qui avait débuté en 1977, le retraité ne s’attend pas à ce que le volcan s’assagisse dans les prochains jours. «Il va y avoir une éruption plus puissante et des tonnes de cendres volcaniques vont tomber» sur la ville. «Je me prépare à rester longtemps ici», soupire également Midori Matsunaga, une employée de bureau de 29 ans, chassée de sa maison avec ses parents et sa tortue domestique.
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