À l’ouverture du sommet Europe-Afrique, le Libyen Mouammar Kadhafi a fait une entrée remarquée, tandis que l’Algérien Abdelaziz Bouteflika donnait l’accolade au roi du Maroc Mohammed VI, oubliant leurs différends bilatéraux. Sur l’estrade, où étaient assis sur trois rangées en demi-cercle les quelque soixante dirigeants de l’Union européenne et des pays africains, le siège du colonel Kadhafi est resté vide alors que le président égyptien Hosni Moubarak commençait son discours d’ouverture. Dans les balcons réservés aux invités, les spéculations allaient bon train sur les raisons de cette absence du «guide de la révolution libyenne». Les huissiers avaient fermé les portes et tiré les rideaux. Un quart d’heure plus tard, l’imprévisible Kadhafi, drapé dans une large cape de couleur ocre, portant des lunettes teintées et coiffé d’un béret, a fait son apparition, démarche lente, détournant l’attention de l’audience. Il a alors salué M. Bouteflika, non loin de son siège, et a serré quelques mains dans les autres rangées. Au terme de son allocution, M. Moubarak a repris sa place sans regarder en direction du numéro un libyen, qui, quelques secondes plus tard, a attiré son attention pour le saluer. M. Moubarak lui a alors fait, en souriant, un signe de la main signifiant «Où étiez-vous passé ?» Le président Bouteflika a également créé l’événement en donnant l’accolade à Mohammed VI. M. Bouteflika, dont le pays assure la présidence de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), regagnait son siège après son discours, lorsqu’il s’est arrêté pour serrer la main du président français Jacques Chirac puis du roi, qui s’est levé. Les deux dirigeants se sont alors embrassés sur les deux joues. Les relations entre les deux pays sont difficiles, le Maroc et le Front Polisario, soutenu par l’Algérie, se disputant depuis 1975 la souveraineté du Sahara occidental, ancienne colonie espagnole quasi désertique de 260 000 km2, annexée en 1975 par Rabat. Dans la grande salle Khéops du Centre international de conférences du Caire, quelques épouses des dirigeants africains ont jeté une touche de couleur sur l’austérité des costumes sombres des participants avec leurs robes traditionnelles.
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