Sur un mini-catamaran de 5,90 mètres sans cabine, dont la taille lui interdit en théorie de s’éloigner à plus de deux milles des côtes, un jeune navigateur s’apprête à tenter un exploit sans précédent : traverser l’Atlantique en solitaire sur cette libellule des mers. «J’ai envie de vivre une aventure complètement extraordinaire sur un bateau à la vitesse exceptionnelle pour sa taille», a résumé posément Julien Musset, solide gaillard de 27 ans dont le visage poupin laisse sourdre une détermination implacable. Le parcours de près de 7 000 kilomètres, entre le cap Lizard (Grande-Bretagne) et Pointe-à-Pitre (Guadeloupe), ne l’effraie pas outre mesure. Pas plus que la perspective de passer de longues semaines sur un filet de quelques mètres carrés, à 30 centimètres de l’eau, sans cabine pour s’abriter, sans coéquipier pour le relayer, sans nourriture chaude pour le réconforter. Trente jours de nourriture Et pour cause : cette aventure, il l’a déjà tentée en 1995 sur un catamaran de taille similaire. Parti d’Espagne pour échapper aux Affaires maritimes françaises, qui lui interdisaient de s’éloigner des côtes conformément à la réglementation, il avait dû renoncer aux deux tiers du parcours, quelque 2 400 milles et cinq chavirages plus loin. «J’ai dormi trop longtemps, alors je suis entré en collision avec un cargo», se rappelle-t-il. Cette fois, il a décidé de se donner les moyens de son exploit : à partir d’une épave, il a reconstruit lui-même, dans un garage à Tours, un bateau entièrement conçu pour la performance. 5,90 mètres de long, 3,81 mètres de large, 25 nœuds (près de 50 km/h) en vitesse de pointe, explique cet ancien formateur de l’école des Glénan, auteur d’une méritoire 10e place lors de la solitaire du Figaro en 1994. Pour tout bagage, un conteneur de 140 litres qu’il fixe sur la coque. Pour toute protection, une combinaison étanche des pieds au cou doublée d’une couverture de survie pour dormir, «par périodes de 12 minutes comme en course». Dormir sous la pluie ? La question le fait sourire : «Je ne m’en rends même pas compte, puisqu’il y a des paquets de mer en permanence!» Le départ est prévu ... le plus tôt possible, dans quelques semaines, peut-être quelques jours. «Il nous manque encore 50 000 francs pour être fin prêts», explique le jeune homme. Son budget bouclé, Julien accrochera alors son prototype, amarré dans le port de la Trinité-sur-Mer (Morbihan), à la poupe d’un bateau plus puissant – réglementation oblige – qui le remorquera jusqu’au cap Lizard. Commencera alors un pari un peu fou qui doit le mener jusqu’aux Antilles quelques semaines plus tard. «De toute façon, j’emporte de la nourriture pour 30 jours, alors il faut que je sois arrivé avant … ». (www.julienmusset.com)
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