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Actualités - Chronologie

La misère, terreau des sectes en Afrique

La misère, la maladie et le démembrement des familles sont à l’origine de la prolifération des sectes en Afrique, que vient de rappeler brutalement la tragédie qui a fait plusieurs centaines de morts en Ouganda, estiment les spécialistes. Les promoteurs de ces «églises» promettent à leurs membres, généralement pauvres, de les soulager de la dureté de la vie, et leur extorquent leurs maigres avoirs, s’accordent à dire ces experts qui estiment à plusieurs milliers le nombre de ces officines lucratives. Au Kenya, leur activité a amené le président Daniel Arap Moi à nommer une commission d’enquête qui a mis en cause notamment plusieurs groupes évangélistes. «Depuis quelque temps, arrivent en Afrique des mouvements d’origines nord-américaine et brésilienne qui sont dans la mouvance pentecôtiste. Ce sont des mouvements extrêmement radicaux, fondamentalistes et manichéens qui font des lectures très littérales de la Bible», a déclaré Jean-Pierre Dozon, directeur du centre d’études africaines de l’École des hautes études en sciences sociales de Paris. «Le chômage, la maladie, etc., tout cela relève du diable», expliquent les sectes à leurs adeptes dans un contexte africain marqué par la carence des États dans les domaines sociaux, notamment la santé et l’éducation, du fait des politiques d’ajustement structurel, a-t-il ajouté. «Les gens perdent leurs repères. La famille se démembre. Les sectes expliquent à ce public disponible que tout ce qui leur arrive (misère, maladie) est le fait du diable qu’ils proposent d’exorciser. On leur extorque alors le peu d’argent qu’ils ont. Plus on est pauvre et plus on doit donner tout ce qu’on a, plus on donne et plus on peut gagner le gros lot, c’est-à-dire trouver du travail ou devenir riche», estime M. Dozon. Il cite en exemple l’«Église universelle», d’origine brésilienne, implantée en Côte d’Ivoire et au Nigeria, notamment, qui a la particularité de racheter les cinémas de quartier pour en faire des salles de prière. «Ces mouvements se greffent sur le terreau du contexte africain où le sida fait des ravages (selon l’OMS, en 1998, 1,8 million des 2,5 millions de décès dus au sida ont eu lieu en Afrique). Pour ces mouvements hostiles au préservatif, le sida, c’est le diable. Des gens se laissent embrigader pour être “exorcisés” du sida», affirme le chercheur. L’impact de ces mouvements sur l’islam reste toutefois faible, même si certains d’entre eux tentent de convertir des musulmans «et ne contribuent pas ainsi à la paix civile dans certains pays», souligne M. Dozon. Ainsi, le gouvernement en République démocratique du Congo (RDC) avait ordonné fin 1999 l’arrestation du chef d’une de ces «Églises de réveil», Fernando Kutino, qui possédait sa propre chaîne de télévision. Lors d’un prêche public, il avait appelé ses fidèles à brûler le Coran, provoquant un tollé chez les musulmans. L’État congolais a suspendu en 1999 la reconnaissance officielle de ce genre d’églises. Pour M. Comi Toulabor, chercheur au Centre d’études d’Afrique noire (CEAN) de Bordeaux qui a étudié les sectes au Togo et au Ghana, «la maladie et le chômage sont les principales motivations des adhérents à ce genre de mouvements, mais pas exclusivement». «Au Ghana, il n’y a pas que des pauvres qui suivent les sectes, il y a des médecins et des avocats aussi. Ces gens-là rompent avec leur religion d’origine, car l’animisme est disqualifié parce qu’il ne correspond plus à la modernité et l’Église catholique est également disqualifiée parce que son discours paraît vieillot et archaïque et la liturgie qu’elle propose n’est pas spectaculaire. L’Église catholique ne propose pas de liturgie chaude, alors que dans les sectes, on danse, on chante, il y a une convivialité. Dieu n’est plus un masque froid», souligne M. Toulabor. «Pour les fondateurs de ces mouvements, de façon générale, même quand ils mettent la Bible en avant, derrière il y a un intérêt économique, matériel. Ils promettent aux gens des guérisons, la pluie et le beau temps, c’est un discours attrayant, mais derrière ce sont surtout des créations à motif économique», ajoute-t-il.
La misère, la maladie et le démembrement des familles sont à l’origine de la prolifération des sectes en Afrique, que vient de rappeler brutalement la tragédie qui a fait plusieurs centaines de morts en Ouganda, estiment les spécialistes. Les promoteurs de ces «églises» promettent à leurs membres, généralement pauvres, de les soulager de la dureté de la vie, et leur extorquent leurs maigres avoirs, s’accordent à dire ces experts qui estiment à plusieurs milliers le nombre de ces officines lucratives. Au Kenya, leur activité a amené le président Daniel Arap Moi à nommer une commission d’enquête qui a mis en cause notamment plusieurs groupes évangélistes. «Depuis quelque temps, arrivent en Afrique des mouvements d’origines nord-américaine et brésilienne qui sont dans la mouvance pentecôtiste. Ce sont des...