Les producteurs de caviar iranien rêvent d’envahir le gigantesque marché américain à la suite de la décision des États-Unis de lever l’embargo sur ce précieux produit, mais reconnaissent la difficulté de leur tâche face à la concurrence russe. «Ce sera très difficile d’accéder au marché américain car le caviar russe y tient une place imposante», a affirmé Akbar Nosratzadeh, important fournisseur et exportateur des «perles noires» de la Caspienne. Pour des exportateurs iraniens, la décision du gouvernement américain de lever l’embargo sur les importations aux États-Unis des principaux produits non pétroliers iraniens (pistaches, tapis et caviar) «mettra du temps à se réaliser dans les actes». «Rien n’a été fait encore et les douanes américaines n’ont pas été avisées de la levée» de l’embargo, a indiqué de son côté, Bijan Ghassemi, un exportateur de caviar iranien au Japon et en Extrême-Orient. La secrétaire d’État américaine Madeleine Albright avait annoncé le 17 mars une levée partielle de l’embargo contre l’Iran, portant sur les tapis, le caviar et les pistaches. Les chiffres sont très attirants pour les exportateurs : le marché américain peut absorber quelque 20 tonnes de caviar supplémentaires par an. «Les Américains consomment environ 60 tonnes de caviar par an qui proviennent essentiellement de la Russie», a indiqué M. Nosratzadeh. Le chef d’une entreprise de vente de caviar, basée aux États-Unis, avait récemment déclaré que le caviar iranien aura beaucoup de mal à percer le marché américain en raison d’une très vive concurrence russe. «Le problème c’est que les Russes vendent leur caviar aux États-Unis 10 % à 15 % moins cher», a indiqué M. Hossein Imeni, chef de la société Paramount, spécialisée dans la vente de caviar aux États-Unis. M. Imeni, dont les propos ont été rapportés depuis New York par l’agence officielle Irna, a affirmé qu’«une cargaison de caviar iranien attend en ce moment en Europe et doit être expédiée aux États-Unis dès que les douanes donneront leur feu vert». La demande aux États-Unis pour le caviar a enregistré une baisse au cours des deux dernières années, ont indiqué des experts iraniens, soulignant que les Américains ont consommé une trentaine de tonnes seulement de perles précieuses au cours de l’année 99. Mais il y a de moins en moins de caviar dans le monde. En Iran même, la production est en baisse constante depuis quatre ans. En 1999, une centaine de tonnes de caviar de «haute qualité» a été produite, selon M. Khodakaram Jalali, directeur général de la Société nationale de pêche. Dans les années 90, l’Iran produisait 300 tonnes de caviar par an mais dès 1993 sa production des précieux grains noirs a commencé à baisser. En 1993, le pays a produit 180 tonnes de caviar. M. Jalali a affirmé que les pays riverains, à l’exception de l’Iran et de la Russie, «n’ont pas beaucoup de contrôle sur la pêche» dans la Caspienne. L’éclatement de l’URSS en 1991 a entraîné l’apparition de trois nouveaux riverains de la Caspienne, qui ont développé sans précautions – notamment en utilisant des filets au maillage trop serré – la pêche des esturgeons, dont le stock serait passé de 200 millions en 1990 à 60 millions en 1995, selon des experts iraniens. La disparition de l’URSS, qui contrôlait étroitement la production de caviar, a également favorisé le développement rapide d’une pêche illégale et d’une contrebande importante par des dizaines de petites entreprises familiales. La baisse de la production est due à l’appauvrissement des ressources provoquées par la pollution pétrolière croissante des eaux de la mer Caspienne. Chaque année, l’Iran lâche quelque 20 millions d’alevins d’esturgeons dans la partie sud de la Caspienne et interdit sévèrement la pêche avec des filets à mailles fines afin de protéger les plus jeunes poissons.
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