Le président russe par intérim Vladimir Poutine, grand favori à la présidentielle du 26 mars, a pour seule idéologie affichée un patriotisme musclé au service de la renaissance d’un État fort. De l’opération «antiterroriste» toujours en cours en Tchétchénie, avec à la clé la défense de l’intégrité territoriale de la Russie, à une «dictature de la loi» promise à ses électeurs, en passant par une fermeté polie vis-à-vis de l’Occident, Poutine a construit son discours politique sur le rétablissement de l’ordre et le renouveau d’une «grande puissance». Dans une société polarisée depuis la chute de l’URSS entre anticommunistes libéraux et nostalgiques du système soviétique, sa popularité témoigne d’un tournant dans la vie politique du pays. «Poutine n’a pas d’idéologie. En ce sens, il correspond à l’état de la société russe qui est fatiguée de régler ses comptes avec l’histoire et fatiguée du chaos», affirme le politologue Viatcheslav Nikonov, du fonds Politika. «Plus probable que “la fin de l’histoire”, c’est “la fin de l’idéologie” qui est survenue en Russie», ajoute-t-il. M. Poutine diffère en ce sens de ses prédécesseurs à la tête de la Russie et de l’URSS, Boris Eltsine, qui a assis son pouvoir sur la rupture avec le communisme, et Mikhaïl Gorbatchev avec le communisme réformé de sa «Perestroïka». «Toute terreur mise à part, espérons-le, Poutine se voit et se pose comme le premier leader russe et soviétique depuis Staline à mettre clairement l’ordre et la grandeur de l’État avant toute autre chose», estime de son côté Alexandre Kabakov, éditorialiste politique au quotidien Kommersant. Et le journaliste de noter que le président russe par intérim a récemment évoqué l’ancien leader en l’appelant Josef Vissarionovitch Staline, usant du prénom et du patronyme dans une formule beaucoup plus respectueuse en russe que l’habituel Staline. Quoique paraissant anecdotique, la formulation choisie «de toute évidence intentionnellement» par M. Poutine pour qualifier l’ancien dictateur est inédite en Russie de la part d’un chef de l’État, estime Kabakov. Poutine libère les Russes de leur complexe de culpabilité d’anciens citoyens soviétiques et leur apporte le principe américain selon lequel «mon pays a peut-être tort, mais c’est mon pays», selon l’éditorialiste... En ce sens, il est également révélateur que le président par intérim joue sans aucune gêne de son passé au KGB, qu’il évoque largement dans un livre paru lundi, souligne-t-il. «Poutine justifie son passé par le désir de se mettre au service de son pays, et en ce sens il flatte le patriotisme ordinaire du moujik russe», estime encore Kabakov. Le risque, selon le journaliste, est qu’à l’instar du patriotisme populaire attisé par des décennies d’isolement et de propagande soviétique, l’idéologie de Poutine s’exprime plus par la puissance de l’État que par la naissance de valeurs citoyennes «à l’européenne». Selon le sociologue Iouri Levada, directeur de l’institut russe VTSIOM, le credo de Vladimir Poutine se fait l’écho des tourments d’une société qui, depuis la chute de l’URSS et la fin de la guerre froide, «n’a toujours pas trouvé sa place dans le monde».
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