Vladimir Poutine, obscur chef des services secrets il y a à peine huit mois, apparaît aujourd’hui comme un «grand frère protecteur» pour de nombreux Russes qui voient en lui le meilleur candidat à la présidentielle du 26 mars, capable de les défendre contre les Tchétchènes et le chaos postcommuniste. Le président par intérim Vladimir Poutine, 47 ans, est considéré par les Russes comme «un frère aîné, celui qui nous protège, dont on rêve et que l’on veut imiter, parce qu’il est toujours propre et soigné», selon une récente étude sociologique. «Le refus des Russes de se prendre en charge, eux qui ont toujours vécu avec un tsar dans la tête, les pousse inconsciemment à chercher une protection : ils ont fini par la trouver», assure l’influent analyste Dmitri Olchanski, à l’origine de l’étude. Près de trois Russes sur quatre, selon un récent sondage, «éprouvent de la sympathie» pour M. Poutine, qui incarne à la fois la jeunesse, par opposition au «grand-père» Boris Eltsine, la force, grâce à ses succès militaires en Tchétchénie, et l’ordre, en raison de sa carrière d’ancien du KGB. «Poutine n’a rien de particulier, à l’exception de ses muscles et de ses manches un peu longues, mais ces dernières cachent les premiers», a ironisé le quotidien Kommeresant. Contrairement à Eltsine, «il marche tout seul», ajoute la presse, émerveillée de voir enfin un dirigeant «vif, habile, sportif, qui répond intelligiblement aux questions». Mais l’essentiel n’est pourtant «ni son énergie ni son amour pour l’ordre», estime le sociologue Alexeï Levinson. «La population a mandaté Poutine pour la défendre contre son ennemi numéro un : les bandits tchétchènes. Dans l’amour pour lui se mêlent le respect et la peur». Ce petit homme au visage dur, au crâne dégarni et à la voix blanche, presque inexistant dans les sondages en août dernier, recueille actuellement 56 % des intentions de vote, ce qui lui permet d’envisager d’être élu au premier tour. «La force des émotions provoquées par Poutine dans la population est sans précédent en Russie postsoviétique, les sentiments allant de l’attendrissement à l’hystérie», s’est étonné le quotidien Isvestia. À Ivanovo (nord-est), trois femmes rivalisaient mardi pour... accoucher à 16h15 pile, l’heure à laquelle Vladimir Poutine visitait leur maternité. «Ce sera mon cadeau pour le président», a confié l’une d’elles à la première chaîne de télévision publique. Un ouvrier de Petchora (nord) prépare un autre cadeau : une course de 100 jours à travers le pays pour collecter les revendications des Russes adressées à Poutine. «Le processus de canonisation prend de plus en plus d’ampleur», commente Izvestia. La popularité de M. Poutine a explosé après la vague d’attentats qui a fait 293 morts en septembre et qui a été attribuée par Moscou aux «islamistes» tchétchènes. Il y a répondu par des déclarations énergiques, promettant de «buter les terroristes jusque dans les chiottes» et faisant un bras d’honneur aux «bandits» devant les caméras. Pour Iaroslava, 18 ans, «Poutine est le plus sympathique de tous les hommes politiques». «J’ai confiance en lui comme si c’était mon frère. Si seulement on le laisse faire, il nous protégera». «Il me plaît : direct, réservé, il n’utilise pas de grands mots. Il fait penser au Eltsine des premières années», affirme Kolia, un balayeur de 43 ans. Comme dans un cristal magique des contes russes, chacun voit en Poutine le reflet de ses espoirs... ou de ses peurs. Ses ennemis se recrutent surtout parmi l’intelligentsia, qui ne lui pardonne ni la guerre en Tchétchénie ni son passé d’agent du KGB, relève M. Levinson.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Vladimir Poutine, obscur chef des services secrets il y a à peine huit mois, apparaît aujourd’hui comme un «grand frère protecteur» pour de nombreux Russes qui voient en lui le meilleur candidat à la présidentielle du 26 mars, capable de les défendre contre les Tchétchènes et le chaos postcommuniste. Le président par intérim Vladimir Poutine, 47 ans, est considéré par les Russes comme «un frère aîné, celui qui nous protège, dont on rêve et que l’on veut imiter, parce qu’il est toujours propre et soigné», selon une récente étude sociologique. «Le refus des Russes de se prendre en charge, eux qui ont toujours vécu avec un tsar dans la tête, les pousse inconsciemment à chercher une protection : ils ont fini par la trouver», assure l’influent analyste Dmitri Olchanski, à l’origine de l’étude. Près...