Les avancées du droit des femmes en Europe n’éliminent pas les vieux préjugés machistes et provoquent en France une mobilisation féministe d’un type nouveau avec les «Chiennes de garde». C’est en Europe du Nord que les droits des femmes sont le mieux respectés face à une Europe du Sud encore archaïque où la France fait figure de «mauvaise élève». La Suède, la Finlande, le Danemark et la Norvège sont les quatre pays de la planète où l’égalité entre les hommes et les femmes est la plus complète, selon le rapport mondial sur le développement humain des Nations unies de 1995. La Suède vient en tête avec une presque égalité hommes-femmes au Parlement (42,7 %) suivie par les autres pays scandinaves. La France arrive bonne dernière avec à peine plus de 10 % de femmes parlementaires (10,9 %). La moyenne dans le monde est de 13 %. Les Suédoises ont obtenu l’exacte parité des ministères du gouvernement social-démocrate (11 portefeuilles sur 22). Les Danoises ne sont pas en reste avec 9 ministres sur 20 et en Finlande, une femme, Tarja Halonen, vient d’être élue présidente. En revanche, dans tous les pays, l’égalité au travail est loin d’être atteinte. À qualification égale, les femmes gagnent moins que les hommes, ont moins de responsabilité et subissent davantage le chômage qu’eux. La Commissaire européenne chargée de l’Emploi et des Affaires sociales, Anna Diamantopoulou, a estimé mardi à Tokyo que les pays de l’UE n’emploient pas assez de femmes, ce qui les pénalise économiquement face aux États-Unis. Un quotidien français relevait en outre lundi que le machisme est à l’œuvre comme ailleurs dans les Start up, ces entreprises de nouvelles technologies perçues comme un monde à l’esprit neuf et ouvert. «Il y a un malentendu. Derrière cette image d’ouverture, on découvre en fait un univers très macho. Il ne faut pas oublier que la high-tech est tout d’abord un domaine de techniciens, donc d’hommes», estime Christine Blache, directrice et fondatrice du cabinet parisien de recrutement spécialisé dans l’Internet. Pourtant la place des femmes dans les sphères de décision politique devrait se faire plus grande grâce à l’adoption de législations volontaristes par des gouvernements sociaux-démocrates. La loi française, la plus avancée, introduit l’obligation de présenter 50 % de femmes sur les listes électorales. Ce chiffre est de 30 % en Belgique et sera de 40 % dans le projet préparé par le gouvernement portugais. Cette avancée française est cependant à mettre en relation avec une exception française, les obscénités et injures sexistes contre les femmes politiques, qui ont déclenché une réaction virulente de femmes et d’hommes regroupés au sein des «Chiennes de garde». Le florilège des qualificatifs adressés par des hommes de responsabilité à des femmes ministres ou députés est saisissant : «concert de vagins», «pute», «frustrée», etc. Ce mouvement, lancé à l’occasion de la Journée internationale des femmes, le 8 mars 1999, annonçait par un manifeste que les «Chiennes de garde» réagiraient par voie de presse à toute attaque contre les femmes publiques. Elles récidivaient hier en lançant un manifeste international contre la violence machiste parce que «toute femme qui s’expose, qui s’affiche, court le risque d’être traitée de pute». Florence Montreynaud, une historienne féministe à l’initiative de ce mouvement, a indiqué qu’un «accueil médiatique extraordinaire avait été fait au manifeste, suivi de l’arrivée de milliers de signataires de tous bords et une centaine d’adhésions par mois au cours des cinq derniers mois». «Le résultat est là : il y a un début d’autocensure chez les machos. Au Parlement il n’y a plus d’injure sexiste parce que les “Chiennes de garde” fonctionnent comme des pères fouettards mais elles sont aussi rigolotes», estime-t-elle.
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