Né sans bras ni jambe, un jeune homme de 23 ans est devenu l’une des personnalités les plus remuantes du Japon avec un phénoménal succès de librairie, un sens de l’humour ravageur et la volonté farouche de briser le tabou du handicap physique dans son pays. «Je n’ai pas de bras, pas de jambe. Ainsi l’a voulu la nature. Mais cela ne m’empêche pas de profiter à plein de la vie» : Hirotada Ototake, surnommé Oto, ne cesse de sourire. Et d’agir. Étudiant prometteur, joueur de basket-ball passionné, plongeur diplômé, grand voyageur, animateur de télévision et «amoureux des femmes», ce jeune homme à la mèche rebelle est une véritable idole au Japon. «Un héros positif pour une époque difficile», résume un quotidien. Sa célébrité est née l’an dernier avec la parution de son témoignage, Gotai Fumanzoku («Mal formé») qui, tiré initialement à 6 000 exemplaires, s’est arraché à plus de 4,5 millions d’exemplaires, devenant l’un des plus gros tirages de l’après-guerre. Le livre vient d’être traduit en anglais, sous le titre Personne n’est parfait, et sera en vente aux États-Unis à l’automne après être déjà sorti en Chine, en Corée du Sud et à Taïwan. Son éditeur, Kodansha, est en contact pour une traduction française, a-t-il indiqué. Faire rire «Lorsque je commence à raconter mon histoire, les gens s’attendent à verser une larme et sont prêts à s’apitoyer. Ce n’est pas ce que je veux. Je préfère les faire rire, leur montrer que mon invalidité n’est pas négative», explique-t-il, assis dans une chaise roulante très perfectionnée. Il profite donc de sa célébrité «pour tenter de faire changer le regard des gens» dans un pays où la présence d’un handicapé dans une famille «est souvent honteuse». «Heureusement, cela change un peu mais on ne voit toujours pas beaucoup de personnes infirmes dans les rues. Elles préfèrent rester chez elles», reconnaît-il. Selon lui, cette gêne trouve ses racines dans le caractère «homogène de la population japonaise» : «ses habitants se sentent plus à l’aise lorsque tout le monde se ressemble». Les handicapés ont ainsi «du mal à trouver du travail», d’autant que la législation encourage peu les entreprises à en embaucher. À sa naissance en 1976, Oto, victime d’une malformation congénitale, la tetra-amelia, a été caché à sa mère pendant ses trois premières semaines, les médecins craignant de la choquer trop fortement. «C’est vrai que mes parents ont été surpris. Mais ils n’ont pas été déprimés», raconte-t-il. Grâce à eux, qui «n’ont jamais eu peur de me sortir dehors, de me montrer», Oto a vécu une enfance presque normale dans des écoles de quartier. «Lorsqu’un autre gamin me cherchait, je n’avais pas mes mains pour me défendre. Mais je pouvais mordre. Certains en portent encore les marques», s’amuse-t-il. Aujourd’hui, il joue dans une équipe de basket de son université, réussissant à serrer le ballon entre ses courts moignons, et plonge accompagné avec un équipement spécial qui lui permet de se mouvoir dans l’eau. Autrement, il n’utilise guère de prothèse dans la vie quotidienne. Bien sûr, «plaire aux filles s’avère un exercice difficile», écrit-il dans son livre. Mais pas impossible. Sa recette : choisir l’offensive face à ses rivaux et proclamer aux élues de son cœur : «Bien sûr, je suis handicapé. Mais je suis mieux habillé et j’ai plus de cervelle».
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