La samba, c’est connu, provoque l’euphorie et libère les corps, mais jusqu’à présent personne n’avait étudié les propriétés curatives de ce rythme brésilien, qui est devenu une sorte de thérapie pour les patients d’un hôpital psychiatrique de Rio de Janeiro. La bande carnavalesque «Unidos do Cade», du nom de l’hôpital, est sans doute le groupe le plus original de tous ceux qui défilent dans les rues de Rio à la veille du carnaval. Fondé il y a quatre mois dans le quartier de Urca, aux pieds du célèbre Pain de Sucre, le groupe réunit une centaine de malades, des schizophrènes, névrosés, hystériques et maniaco-dépressifs, qui retrouvent un peu de joie de vivre et de confiance en soi grâce à la samba. «Le carnaval fait partie de leur vie, c’est quelque chose qu’ils ont vécu avant leur maladie et qu’ils souhaitent retrouver, qui leur fait sentir qu’ils font partie de la société et qui augmente leur confiance en soi», déclare Marcello Azevedo, psychologue au centre psychiatrique du Cade. Selon lui, l’initiative de créer un groupe de samba est venue de plusieurs malades amateurs de musique. Peu à peu, Azevedo et le psychiatre Pedro Vicalho, qui rédige une thèse sur les propriétés thérapeutiques de la samba, ont encouragé les patients à franchir les murs de l’hôpital et à défiler dans les rues de Urca comme n’importe quel autre groupe de quartier. «J’ai vu les yeux d’une de mes patientes se mettre à briller lorsqu’elle s’est soudain rappelée du temps où elle portait pendant le défilé de carnaval le drapeau d’Imperio Serrano (l’une des grandes écoles de samba) et j’ai alors compris que la musique serait une façon de les tirer de leur léthargie, de leur marginalisation et de leur tristesse», ajoute Vicalho. Malades, mais … Lundi a été le grand jour, le moment d’enfiler les déguisements offerts par plusieurs écoles de samba, de lever le drapeau rouge et blanc de la troupe délicatement repassé, et de faire vibrer leurs tambourins. «Ils avaient peur de la façon dont les gens allaient les regarder», explique le psychologue. Ils sont pourtant parvenus à franchir les portes de l’hôpital et le groupe de 200 malades a été vite rejoint par de nombreux habitants du quartier chantant et battant des mains. Plusieurs jours après leur sortie carnavalesque, les patients du plus vieux centre psychiatrique du Brésil, fondé dans les années 1850, continuent à chantonner avec orgueil de vieux airs de samba en se promenant dans le jardin mal entretenu de l’établissement. Ils se préparent déjà au défilé de l’an prochain. «Ce sont des malades, mais grâce à la samba ils ont pu être autre chose pendant un moment en se débarrassant de leur étiquette de “fous”. Cette histoire ne s’achèvera pas le mercredi des Cendres. Notre travail va continuer et nous allons poursuivre nos recherches sur les propriétés curatives de la samba. L’an prochain nous chercherons à faire participer d’autres centres au carnaval», ajoute Vicalho. Tandis que le reste du Brésil préfère sombrer dans la folie de la samba, «Unidos do Cade» range ses plumes et ses tambours. Mais tous les vendredi, ils chanteront des sambas dans l’atelier de musique, un lien avec un univers qui leur permet d’espérer retrouver, un jour, lucidité et joie de vivre.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La samba, c’est connu, provoque l’euphorie et libère les corps, mais jusqu’à présent personne n’avait étudié les propriétés curatives de ce rythme brésilien, qui est devenu une sorte de thérapie pour les patients d’un hôpital psychiatrique de Rio de Janeiro. La bande carnavalesque «Unidos do Cade», du nom de l’hôpital, est sans doute le groupe le plus original de tous ceux qui défilent dans les rues de Rio à la veille du carnaval. Fondé il y a quatre mois dans le quartier de Urca, aux pieds du célèbre Pain de Sucre, le groupe réunit une centaine de malades, des schizophrènes, névrosés, hystériques et maniaco-dépressifs, qui retrouvent un peu de joie de vivre et de confiance en soi grâce à la samba. «Le carnaval fait partie de leur vie, c’est quelque chose qu’ils ont vécu avant leur maladie et...