Les «fabriques d’illusions» travaillent à plein-temps pour terminer les chars et les costumes de milliers de danseurs qui doivent être prêts dans quelques heures à peine pour les deux nuits de défilés — dimanche et lundi — des écoles de samba du carnaval de Rio 2000. Des dizaines d’artisans mettent les bouchées doubles, six jours sur sept, dans ces «fabriques», anciens entrepôts désaffectés du port de Rio que les écoles de samba ont transformé en ateliers. Accroupis sur le sol des hangars à moitié délabrés, ou juchés en haut des gigantesques chars en fin de montage, ils polissent sans relâche les structures de plâtre, ils collent celles en polystyrène ou en papier mâché, ils soudent ou peignent méticuleusement. Les couturières s’ingénient, dans la chaleur étouffante de l’été austral, à composer les derniers accessoires au milieu de monceaux de tissus chatoyants, de dentelles, de plumes, de perles et de paillettes. «Pour ce char, qui représente le trône du premier empereur du Brésil, j’ai utilisé 2 kilomètres de velours bleu roi et de tissu lamé, 5 kilomètres de colliers de perles dorées, 40 mètres de moquette, 40 mètres carrés de miroirs, 5 000 plaques de caoutchouc peintes avec du cuivre, de la mousse et de l’acrylon», déclare Rubem Pontes, chef décorateur de l’école de samba Salgueiro. Cette année le thème des défilés, dimanche 5 et lundi 6 mars dans la nuit, sera – à la demande des autorités – la saga des 500 ans de la découverte du Brésil par les Portugais (le 22 avril 1500). Apogée culturelle «Salgueiro a choisi de retracer l’arrivée au Brésil de Joao VI et de la famille royale portugaise, fuyant les troupes de Napoléon. C’est lui qui a fait passer le pays de simple colonie à ‘Royaume Uni’ au Portugal. Il a fondé en 1880 la première université, l’École des beaux-arts, le Jardin botanique, la Banque du Brésil et d’autres institutions importantes», explique Pontes. «Dans le char du trône, l’un des sept du défilé, le maximum prévu par le règlement, néo-classique, j’ai introduit des éléments de la culture brésilienne. Les deux énormes sphinx, à l’avant, sont néo-classiques mais ils ont des visages et des seins d’Indiennes», précise ce professeur de l’École des beaux-arts de Rio. Il pèse 20 tonnes et mesure 10 mètres de haut et 9,5 mètres de large et aura coûté au moins 300 000 dollars, selon lui. «Cette année, pour la première fois, le char a un moteur de camion, mais on a maintenu l’arc de fer, à l’arrière, en cas de panne pour qu’il puisse être poussé sur le Sambodrome», ajoute Pontes. Pour lui, «les défilés sont un grand opéra, l’apogée culturelle des Brésiliens». «Nous avons mis trois jours à confectionner six ombrelles d’époque en dentelle jaune», affirme Guta, l’une des couturières et danseuse de Salgueiro. «Nous travaillons depuis un mois sur 48 lampions, six hamacs et deux litières d’époque que des esclaves tiendront sur le char. Tous les matériaux sont de première qualité. C’est à cela qu’on voit le niveau de l’école», ajoute-elle fièrement. «Nous avons misé sur un grand carnaval. Nos sept chars ont les dimensions maximum permises par le règlement. Nous aurons peu d’effets spéciaux cette année, seulement de la fumée pour le dernier char qui représente la caravelle destinée à perpétuer le carnaval», affirme, quant à lui, Daniel Rocha, assistant de Mario Quintao le metteur en scène du défilé. Salgueiro est la seule des 14 écoles de samba à avoir construit les chars et dessiné les costumes de ses 3 000 danseurs sur ordinateur, selon lui. «Nous avons gagné un temps fou pour confectionner au mieux chars et costumes et espérons, bien évidemment, remporter le titre de championne du carnaval 2000», conclut Rocha.
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