La difficulté endémique des Européens à s’entendre sur les grands postes internationaux s’illustre une nouvelle fois dans la crise pour la direction du FMI et place l’UE dans une situation de faiblesse vis-à-vis des États-Unis. Soutenu à fond par le chancelier Gerhard Schröder, mais du bout des lèvres par Paris et Londres, le secrétaire d’État allemand aux Finances Caïo Koch-Weser a eu tôt fait de se brûler les ailes. Ses chances de succéder à Michel Camdessus à la direction du Fonds monétaire international sont aujourd’hui jugées extrêmement faibles, bien qu’il ait obtenu le plus grand nombre de voix lors d’un premier vote consultatif jeudi au conseil d’administration du FMI. «Il est clair que personne ne peut être nommé contre la volonté des États-Unis, pas plus que contre celle des Européens», a déclaré hier le président de la Commission européenne Romano Prodi, semblant tirer la conclusion de ce nouvel avatar des processus de décision européens. En opposant leur veto au candidat allemand, les États-Unis ont finalement joué le rôle d’arbitre que Français et Britanniques s’étaient refusé à endosser au sein du Conseil des ministres de l’UE. Officieusement, les responsables britanniques mais surtout français n’ont cessé, depuis des semaines, d’émettre des réserves sur la qualité de la candidature de M. Koch-Weser. Mais ils n’ont pas osé aller jusqu’au bout de leur logique, face à la détermination du chancelier allemand, et s’y sont ralliés. Pour l’instant, le dommage est relativement limité pour l’Union européenne qui affirme rester unanime dans son soutien au candidat allemand. Le président Bill Clinton a lui-même assuré que les États-Unis n’entendaient pas remettre en cause la règle tacite, selon laquelle la direction du FMI doit revenir à un Européen et celle de la Banque mondiale à un Américain. Magnanime, Bill Clinton a même assuré qu’un autre Allemand que M. Koch-Weser siérait aux Américains. «Je serais très content si nous pouvions trouver un Allemand. J’aimerais voir l’Allemagne jouer un plus grand rôle dans ces institutions internationales», a-t-il déclaré. Les États-Unis disposeraient pourtant d’un candidat tout à fait présentable, en la personne de Stanley Fischer, l’ancien adjoint de Michel Camdessus qui assure aujourd’hui son intérim. M. Fischer est dans la course, soutenu par un groupe de pays en développement, mais pas par Washington. Si la situation de blocage persistait, la possibilité d’une désignation de Stanley Fischer pour un mandat intérimaire de deux ans est cependant évoquée. Ce psychodrame sur une grande nomination est loin d’être inédit pour les Européens. Ce n’est pas la première fois qu’un des «grands pays» européens cherche à tout prix à imposer ses vues et plonge l’UE dans la difficulté. En 1994, le Royaume-Uni avait barré la candidature de l’ancien Premier ministre belge Jean-Luc Dehaene, jugé trop europhile, pour la présidence de la Commission européenne. Pour sortir de cette crise, les Européens s’étaient entendus sur le plus petit dénominateur commun, le Luxembourgeois Jacques Santer, poussé à la démission cinq ans plus tard par des affaires de fraude au sein de son institution. En 1998 à Bruxelles, le président français Jacques Chirac n’avait pas hésité à gâcher la fête de lancement de l’euro. Il s’agissait alors d’arracher un demi-mandat à la présidence de la Banque centrale européenne (BCE) pour le gouverneur de la Banque de France Jean-Claude Trichet. «Les questions de personnes sont toujours les plus difficiles à résoudre», ont coutume de dire les plus chevronnés des diplomates européens. Mais il en est des nominations internationales comme, par exemple, des grandes questions commerciales : les divergences des Européens ne bénéficient le plus souvent qu’au «partenaire» américain.
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