Jusqu’au 4 mars, le centre culturel et artistique Borusan à Istanbul accueille les œuvres de 10 artistes libanais (5 installateurs et 5 vidéastes). Cette exposition, organisée conjointement par Christine Tohmé, présidente de l’association libanaise des arts plastiques Achkal-Alwane et Beral Madra, conseillère artistique de la galerie Borusan, s’inscrit dans le cadre des «Métaphores méditerranéennes». Une série d’accrochages visant à montrer la production artistique contemporaine des pays bordant la grande bleue. Après l’Égypte, c’est le Liban qui est donc à l’honneur en Turquie. «Le but premier de cette manifestation est l’échange d’idées et les rencontres entre artistes», indique Christine Tohmé. «Il s’agit aussi, bien sûr, de promouvoir l’art libanais contemporain sur la scène internationale». Signalant, par ailleurs, que les œuvres retenues reflètent le quotidien, tant au niveau sociopolitique, économique, urbanistique, architectural que religieux, Christine Tohmé explique : «Nous présentons les travaux d’artistes impliqués et concernés par ce qui se passe dans le pays, et qui expriment leurs opinions, leurs idées à travers leurs œuvres. Nous n’avons pas pris comme critère l’esthétique mais plutôt le sens et l’impact que peut avoir une installation ou une vidéo sur le spectateur». Installations L’exposition est accompagnée de projections de courts métrages réalisés par cinq vidéastes libanais : Respond de Rita Aoun ; Beyrouth-Palerme-Beyrouth de Mahmoud Hojeij ; Le tango de l’espoir de Mohamad Soueid ; Train-Trains de Rania Stephan et Majnounak d’Akram Zaatari. Des films qui ont déjà été présentés dans ces mêmes colonnes. Pour évoquer le processus d’évolution de l’être humain, Nelly Chemali s’est servie d’un grand panneau recouvert de miroirs déformants qui reflètent cinq images répétitives : spirale d’Adn, homme primitif, feuilles d’arbres formant une silhouette humaine, télescope, un pissenlit graines au vent, un épi de blé…. Des symboles mêlés d’évolution, de dépassement de soi, de projection vers l’infini et d’énergie vitale qui font l’homme. Et qui représentent la grande chaîne de la vie, composée d’individus-maillons qui ne sont finalement tous que des miroirs les uns pour les autres. – L’installation de documents et photographies de Walid Raad relate la trajectoire d’un historien – personnage fictif – de la guerre libanaise. Et invite à réfléchir sur les possibilités et les limites de l’écriture de l’histoire des évènements de 1975. – Walid Sadek dévoile, au moyen d’histoires embarrassantes ou incongrues (sur le Lsd, l’obélisque de Hafez el-Assad, les Hawker Hunter de l’armée libanaise…) des pans de sa relation avec son pays. Des récits accompagnés d’une maquette d’avion de guerre, d’un poster… – La photo d’un âne au centre d’un panneau lumineux placé face à un texte recouvert d’une couche blanche – et par conséquent illisible – est, pour Marwan Rechmaoui, le symbole du processus de la mémoire lié à la notion de lieu. En détruisant un site, on efface du coup des éléments de la mémoire, individuelle ou collective. L’artiste a choisi l’âne parce que c’est un des animaux qui a la plus forte mémoire mais qui ne sait pas s’en servir. – Jihad et Nadine Touma sont frère et sœur et travaillent en duo. Sur un pan opaque, ils ont collé une série de photographies prises par Jihad de son propre corps. Parallèlement à ces fragments de silhouette, des clichés montrant des crânes d’hommes imprimés sur une bâche en plastique transparent donnent l’illusion d’une rangée de spectateurs, vue de dos. Il s’agit là d’une réflexion sur le morcellement de nos vies, de notre mémoire, de l’espace et du temps et sur l’interaction entre ce qui relève du domaine public et ce qui est privé et personnel. Des œuvres artistiques à fortes consonances intellectuelles. À déchiffrer !
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