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Actualités - Chronologie

Une poudrière aux enjeux cruciaux

La ville divisée de Kosovska Mitrovica est une poudrière, à la croisée des intérêts contradictoires des Serbes et des Albanais du Kosovo. Le discours des Albanais est clair : ils veulent une ville unifiée, avec le retour des Albanais dans sa partie nord, où ils constituaient 50 % de la population avant la guerre. Aujourd’hui, ils n’y sont qu’un millier, parmi 10 000 Serbes. Mais derrière ce discours, il y a aussi la volonté d’en finir avec un bastion perçu par les Albanais comme une survivance de la présence au Kosovo du pouvoir du président yougoslave Slobodan Milosevic. Après les violences interethniques du début du mois, qui ont fait huit morts, dont six Albanais, le chef politique de l’ex-Armée de libération du Kosovo (UCK), Hashim Thaçi, a évoqué la présence dans la ville de paramilitaires, de militaires et de membres de services secrets de Belgrade. Il n’existe aucune preuve d’une telle présence, mais les Albanais y croient, et une telle conviction suscite une tension croissante. Mitrovica, c’est également le complexe minier de Trepca, à quelques kilomètres au nord. Sa rentabilité reste à déterminer, mais quoi qu’il en soit, Trepca a une valeur mythique pour les Albanais. Les grèves des mineurs, dans les années 80, font partie de la mémoire collective. Mitrovica est aussi le centre névralgique du nord du Kosovo, qui rejoint la frontière avec la Serbie centrale. Un nord peuplé quasi exclusivement de Serbes. «Mitrovica est une plaie ouverte pour les Albanais», estime Marcus Pucnik, analyste politique de l’International Crisis Group (ICG). «Ils veulent une unité politique du Kosovo» et ne toléreraient pas que le nord de la province soit contrôlé par M. Milosevic, estime-t-il. Pour les Serbes du Kosovo, Mitrovica est le dernier havre de paix. Depuis l’arrivée de l’Otan, près de 250 000 non-Albanais ont fui les représailles des Albanais. À Pristina, il ne reste que 400 Serbes. Pour un proche du leader serbe de Mitrovica, Oliver Ivanovic, le retour des Serbes du Kosovo dans leurs maisons est impossible. Maintenant «notre combat, c’est le nord. Du pont de Mitrovica à la frontière avec la Serbie». «C’est eux ou nous, la vie en commun n’est pas possible», estime ce Serbe. Pour lui, «l’homogénéité» de la partie nord permettra «de mieux assurer la sécurité» des Serbes qui y vivent. L’idéal, selon lui, serait d’être «rattaché à la Serbie». «Sinon, nous voulons une autonomie locale pour la partie nord». Selon Marcus Pucnik et d’autres analystes, Slobodan Milosevic s’efforce de maintenir la tension pour servir son propre but : prouver que la communauté internationale a échoué au Kosovo. Une communauté internationale dont le but affiché est d’abord une «coexistence» entre les deux communautés, et à terme un Kosovo «multiethnique». «Pas de partition de Mitrovica», ont répété l’administrateur de l’Onu Bernard Kouchner et le commandant en chef de la force de paix (Kfor), le général Klaus Reinhardt. «Le seul intérêt de Milosevic est de créer des troubles. Il cherche à énerver les Albanais, à monter les deux communautés l’une contre l’autre et à provoquer ainsi l’échec de la mission des Nations unies ici», estime M. Pucnik. Après les violences interethniques de début février, plus de 1 500 Albanais ont fui le nord de la ville, entérinant un peu plus sa division de facto. Il y a une semaine, une grenade était lancée contre une maison albanaise dans la partie nord de Mitrovica, blessant cinq personnes. Quelques heures plus tard, des Albanais gagnaient le nord de la ville et se battaient avec les soldats de la Kfor. Jeudi, M. Milosevic appelait au départ de la mission civile et militaire internationale au Kosovo, qui a selon lui subi «un fiasco total».
La ville divisée de Kosovska Mitrovica est une poudrière, à la croisée des intérêts contradictoires des Serbes et des Albanais du Kosovo. Le discours des Albanais est clair : ils veulent une ville unifiée, avec le retour des Albanais dans sa partie nord, où ils constituaient 50 % de la population avant la guerre. Aujourd’hui, ils n’y sont qu’un millier, parmi 10 000 Serbes. Mais derrière ce discours, il y a aussi la volonté d’en finir avec un bastion perçu par les Albanais comme une survivance de la présence au Kosovo du pouvoir du président yougoslave Slobodan Milosevic. Après les violences interethniques du début du mois, qui ont fait huit morts, dont six Albanais, le chef politique de l’ex-Armée de libération du Kosovo (UCK), Hashim Thaçi, a évoqué la présence dans la ville de paramilitaires, de...