Les soldats devenus force de l'ordre et du désordre
le 19 février 2000 à 00h00
Les soldats qui ont permis le 24 décembre la prise du pouvoir par le général Robert Gueï sillonnent toujours les rues d’Abidjan, certains pour lutter contre l’insécurité, d’autres pour voler, racketter ou se livrer à des prises d’otages. «Des agissements peu recommandables ont été observés depuis un certain temps mettant gravement en cause la moralité de quelques éléments de notre armée nationale», soulignait le général Gueï dans un communiqué. Dans ce texte, il annonçait des sanctions et des poursuites judiciaires contre trois militaires qui «prétendaient agir au nom du Comité national de salut public (CNSP, la junte au pouvoir) et de son président en se rendant de domicile en domicile pour séquestrer des familles entières et exiger des rançons». Le général a de nouveau appelé les soldats «qui n’ont pas encore regagné leurs unités à le faire sans délai». Les deux principaux syndicats de la magistrature ont dénoncé l’enlèvement d’un juge à Toumodi, au nord d’Abidjan, par des sapeurs-pompiers militaires qui ont contraint le magistrat à libérer un soldat en détention provisoire pour «abus de confiance». La presse nationale se fait quotidiennement l’écho d’arrestations ou de condamnations de militaires, parfois associés à des civils pour commettre leurs forfaits. De plus, de nombreux bandits d’Abidjan profitent de l’inhabituelle présence de forces armées en ville pour se faire passer pour des soldats, parfois avec la complicité de militaires. Auparavant, le quotidien gouvernemental Fraternité Matin a raconté l’arrestation d’un faux et de deux vrais militaires, «tous trois en treillis qui ont braqué un taxi et tué un homme». Ivoir’Soir a fait état le même jour de la condamnation à deux mois de prison ferme d’un jeune homme à Soubré, à l’ouest d’Abidjan, pour «port illégal de tenue militaire et usurpation de fonction». En début de semaine, alors que le général Gueï présidait une cérémonie de remise de dons à l’armée (treillis, chaussures etc.) faits par des «amis français», il a prévenu les soldats qu’il «n’était pas question d’aller vendre vos uniformes». «Ce sera grave pour les contrevenants», a menacé le général. Pendant que certains soldats se livrent à des exactions, d’autres ont pris en charge la chasse aux voleurs. Chaque jour des bandits sont arrêtés et présentés à la télévision, quand ils n’ont pas été abattus. De nombreux témoignages et les coups de feu qui résonnent encore régulièrement en ville confirment des exécutions sommaires de malfrats par des soldats. «On peut plus travailler. Si un militaire te trouve, il te tue. Alors en ce moment on gagne rien», s’est plaint un jeune voyou, qui regrette d’avoir été malade pendant les premiers jours du coup d’État et donc de «n’avoir même pas pu participer aux pillages».
Les soldats qui ont permis le 24 décembre la prise du pouvoir par le général Robert Gueï sillonnent toujours les rues d’Abidjan, certains pour lutter contre l’insécurité, d’autres pour voler, racketter ou se livrer à des prises d’otages. «Des agissements peu recommandables ont été observés depuis un certain temps mettant gravement en cause la moralité de quelques éléments de notre armée nationale», soulignait le général Gueï dans un communiqué. Dans ce texte, il annonçait des sanctions et des poursuites judiciaires contre trois militaires qui «prétendaient agir au nom du Comité national de salut public (CNSP, la junte au pouvoir) et de son président en se rendant de domicile en domicile pour séquestrer des familles entières et exiger des rançons». Le général a de nouveau appelé les soldats «qui...
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