La visite impromptue au Canada de Joerg Haider, apparemment pour essayer de redorer son image auprès de la communauté juive, a provoqué un vent de fureur à Montréal où il était arrivé incognito. Les raisons de la visite du leader d’extrême droite, qualifiée de «privée», restaient largement obscures jeudi. Selon le directeur de la section québécoise du Congrès juif du Canada, David Birnbaum, M. Haider aurait reçu une lettre de félicitations pour son 50e anniversaire ainsi qu’une invitation de la part de la petite communauté ultra-orthodoxe Tash, d’origine austro-hongroise. Celle-ci aurait voulu ainsi se dissocier du concert de protestations internationales marquant l’arrivée de son parti, le FPOe, au gouvernement de Vienne. M. Haider a indiqué d’ailleurs lui-même au journal montréalais The Gazette avoir été invité à un grand mariage dans la communauté, installée à Boisbriand, à quelque 30 km au nord de Montréal. Les responsables de Tash ont semblé tomber des nues devant ces assertions. Le rabbin Israel Lowen, qui se présente comme un administrateur de la communauté, a indiqué jeudi n’avoir aucune connaissance de l’envoi d’une lettre. «On se casse la tête à comprendre ce qui s’est passé», a indiqué un autre membre de l’administration, qui a refusé de donner son nom. Parlant de «fausses rumeurs», il a assuré qu’aucun des responsables n’avait invité le leader autrichien. «Quel intérêt aurions-nous à le faire ?», a-t-il ajouté, sans exclure une invitation à titre personnel de la part d’un membre de Tash. En tout cas, M. Haider ne s’est pas rendu à la communauté de Boisbriand, où le mariage s’est déroulé comme prévu, en présence de quelque 2 000 invités et sous l’œil vigilant de la police locale. Selon certains journaux, il s’est rendu en revanche, accompagné d’un homme d’affaires israélien, Gasit Muehlstine, devant un monument à la mémoire de Raoul Wallenberg, le diplomate suédois qui sauva de nombreux juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Ses efforts vers le reste de la communauté juive n’ont pas été couronnés de plus de succès. Le Congrès juif canadien a refusé qu’il visite le Centre commémoratif de l’Holocauste de Montréal. «Nous ne jouerons pas le rôle de pion dans ses efforts pour tenter de se présenter comme le politicien modéré qu’il n’est pas», a déclaré M. Birnbaum. La visite de M. Haider, qui se poursuit ce jeudi à Toronto, a provoqué de vives réactions aussi dans les milieux politiques. La ministre québécoise des Relations internationales, Louise Beaudoin, a souligné que M. Haider «n’était pas le bienvenu» au Québec. Quant au ministre canadien des Affaires étrangères Lloyd Axworthy, il a indiqué ne pas savoir ce que venait faire M. Haider, et a espéré qu’il n’était pas venu «pour exprimer certaines de ses vues». À Toronto, où réside la plus grande partie de la communauté juive canadienne, Joerg Haider pourrait rencontrer le président de la firme de pièces automobiles Magna, Frank Stronach, un Canado-Autrichien proche du ministre autrichien des Finances Karl-Heinz Grasser, du FPOe. Cette rencontre cependant n’a pas été confirmée dans l’entourage de M. Stronach. «Peut-être Toronto sera plus intéressante», a seulement indiqué M. Haider avant de quitter Montréal, semblant signifier que son court séjour au Québec constituait globalement un échec. Cette visite inopinée au Canada remplace un déplacement prévu puis annulé à Bruxelles, car les autorités municipales avaient fait savoir leur opposition. Déjà Israël l’avait déclaré persona non grata le 3 février.
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