Les élections législatives iraniennes, présentées comme cruciales pour l’avenir du pays et notamment les réformes engagées par le président réformateur Mohammad Khatami, laissent plus d’un électeur sceptique sur un éventuel changement. «C’est un peu comme choisir entre deux sortes de cola», explique Khosro Abedi, un analyste politique. «Il n’y a pas une si grande différence entre les candidats», ajoute-t-il. La campagne des réformateurs est axée sur la nécessité pour le président Khatami d’obtenir un Parlement «coopératif», justement pour mettre en œuvre un programme de réformes, bloqué par les conservateurs majoritaires au Majlis (Parlement). Personne ne doute aujourd’hui que l’Iran a gagné un peu plus de liberté depuis l’arrivée au pouvoir du président Khatami élu en mai 1997 avec 70 % des suffrages, en majorité issus des jeunes et des femmes avides d’une certaine libéralisation de la société. En outre, l’apparition de nouveaux journaux en Iran, dont la plupart n’hésitent pas à critiquer sévèrement le régime clérical, a offert aux Iraniens la possibilité de s’exprimer ouvertement. «Avant Khatami, il y aurait eu une crainte à parler politique dans un taxi», explique un riche homme d’affaires qui a souhaité garder l’anonymat. «Si on était interrogé en public, on disait simplement “je ne suis pas vraiment au courant”», raconte-t-il. Un vent de liberté est aussi perceptible dans les rues de Téhéran où les femmes tentent de repousser toujours un peu plus les limites du code vestimentaire islamique, s’affichant le rouge aux lèvres ou bien laissant quelques centimètres de chevelure s’échapper du tchador. Mais dans une société où les changements radicaux se mesurent au compte-goutte, une «réforme» en profondeur semble souvent à des années lumières. «Les gens se sentent plus libres, et il existe certainement un plus grand choix politique», explique M. Abedi, soulignant que 35 formations politiques faisaient campagne pour ces élections, soit dix fois plus qu’au scrutin de 1996. «Mais au final, cela ne va pas forcément se traduire par un changement pour les Iraniens. La sensation que quelque chose de nouveau se passe est importante mais la politique iranienne ressemble beaucoup à un club privé», ajoute-il. Ce sentiment est d’autant plus vivace que la campagne électorale prend souvent des allures d’affaires de famille. Parmi les candidats en lice figurent en effet les frères du président Khatami et du Guide suprême de la Révolution Ali Khamenei et la fille de l’ancien président Akbar Hachémi Rafsandjani. M. Rafsandjani est lui-même candidat des modérés-conservateurs et beaucoup considèrent sa candidature comme cruciale, dans la mesure où sa victoire représenterait un nouvel obstacle aux réformes et sa défaite ouvrirait une ère politique nouvelle. En dépit d’avancées sociales indéniables, d’autres changements tardent à venir, frustrant même les plus fervents partisans du président Khatami. L’économie continue de souffrir d’une forte inflation et du chômage, laissant les Iraniens sceptiques et découragés quant à une véritable amélioration de leur vie, quelle que soit l’issue du scrutin. «Nous avons été si souvent déçus», raconte un boucher de 49 ans. «Nous avons entendu leurs promesses : “Tout va changer”, “ce sera mieux qu’avant”», explique-t-il en montrant les montagnes de viande invendue que la plupart des gens ne peuvent plus s’offrir. «Mais c’est comme ça depuis des années», soupire-t-il.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Les élections législatives iraniennes, présentées comme cruciales pour l’avenir du pays et notamment les réformes engagées par le président réformateur Mohammad Khatami, laissent plus d’un électeur sceptique sur un éventuel changement. «C’est un peu comme choisir entre deux sortes de cola», explique Khosro Abedi, un analyste politique. «Il n’y a pas une si grande différence entre les candidats», ajoute-t-il. La campagne des réformateurs est axée sur la nécessité pour le président Khatami d’obtenir un Parlement «coopératif», justement pour mettre en œuvre un programme de réformes, bloqué par les conservateurs majoritaires au Majlis (Parlement). Personne ne doute aujourd’hui que l’Iran a gagné un peu plus de liberté depuis l’arrivée au pouvoir du président Khatami élu en mai 1997 avec 70 % des...