Nominations de proches du président par intérim Vladimir Poutine, critiques sur la couverture des informations ou pressions diverses, les chaînes de télévision russes sont surveillées de près à l’approche de l’élection présidentielle. Seule télévision russe à s’écarter un peu de la ligne officielle sur la couverture de la guerre en Tchétchénie, la chaîne privée NTV s’est attirée les remontrances publiques d’un de ses principaux actionnaires, Gazprom, dont la direction vient de faire allégeance au Kremlin. «L’action des forces fédérales en Tchétchénie est absolument appropriée dans les circonstances actuelles, et mettre en avant certains aspects négatifs de la lutte contre les “bandits” est tout simplement incorrect», a déclaré mardi à l’adresse de la direction de NTV, Rem Viakhirev, président de Gazprom qui détient 30 % de la chaîne. C’est que la guerre en Tchétchénie et sa perception par les électeurs est une des clefs de la popularité du «candidat» Poutine, qui peut presque rêver d’être élu dès le premier tour du scrutin le 26 mars si l’on en croit les derniers sondages. NTV est certes bien moins «agressive» que lors du précédent conflit tchétchène, de 1994 à 1996. Mais elle montre le «côté humain» de la guerre, des images de victimes civiles, des corps de soldats russes, des villages entièrement détruits, au lieu de se contenter de rendre compte des succès militaires, en saluant la bienveillance des militaires nourrissant les réfugiés sortant des caves. Viakhirev a donc «de sérieuses raisons de réfléchir à la façon» dont Gazprom place son argent. Et s’il n’a que 30 % des parts de la télévision, le monopole gazier a beaucoup d’argent. «Viakhirev, dont les relations avec le Kremlin n’étaient pas au zénith, vient d’être reçu par M. Poutine et vient d’appeler à voter pour lui. Peut-être Viakhirev agit-il sur commande», relève un spécialiste de l’Académie des sciences, qui demande l’anonymat. Pour d’autres, M. Viakhirev montre surtout «sa déférence et sa loyauté» envers M. Poutine et, à l’exception de quelques pressions, aucune mesure sérieuse de rétorsion ne devrait suivre. Mais la volonté de contrôler l’information s’est confirmée ces dernières semaines. «Poutine a nettement renforcé ses positions», en nommant des proches à des postes-clefs de la deuxième chaîne publique RTR, relève l’analyste politique de la société d’investissements UFG, Alexeï Zabotkine. Depuis son arrivée au Kremlin, il a détaché une figure-clef de NTV, Oleg Dobrodeïev, pour lui donner la tête de RTR. Il a aussi placé Raf Chakirov, ancien de la chaîne anti-Kremlin de Moscou, à la direction du programme d’informations Vesti, l’un des plus suivis de RTR. Les milieux télévisés pensent que Poutine veut faire de la chaîne son porte-voix politique. Certes, la grande chaîne publique ORT est aux mains d’un proche de la famille Eltsine, l’influent homme d’affaires Boris Berezovski. Mais sa fidélité à Vladimir Poutine n’est pas assurée. Ce dernier a donc pris la précaution de remanier la représentation de l’État au sein du conseil d’ORT pour y mettre des associés proches. «Ces changements visent à placer dans les mains de Poutine le contrôle des grandes chaînes nationales. Les élections à la Douma (Parlement) ont montré que les télévisions étaient un facteur décisif des résultats des élections», ajoute M. Zabotkine. Lors des législatives, les grandes télévisions s’étaient lancées dans une campagne militante, aux accents proches de la diffamation. ORT était en première ligne : la popularité des opposants les plus dangereux du Kremlin s’était effondrée.«La liberté de la presse est un élément nécessaire dans un État développé», a déclaré dernièrement le candidat Poutine.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Nominations de proches du président par intérim Vladimir Poutine, critiques sur la couverture des informations ou pressions diverses, les chaînes de télévision russes sont surveillées de près à l’approche de l’élection présidentielle. Seule télévision russe à s’écarter un peu de la ligne officielle sur la couverture de la guerre en Tchétchénie, la chaîne privée NTV s’est attirée les remontrances publiques d’un de ses principaux actionnaires, Gazprom, dont la direction vient de faire allégeance au Kremlin. «L’action des forces fédérales en Tchétchénie est absolument appropriée dans les circonstances actuelles, et mettre en avant certains aspects négatifs de la lutte contre les “bandits” est tout simplement incorrect», a déclaré mardi à l’adresse de la direction de NTV, Rem Viakhirev,...