L’assurance est un mot qui le définit bien. M. Chidiac s’exprime presque mathématiquement avec les mots d’un professeur qui a longtemps enseigné, avec les mains, grandes et sûres, d’un joueur qui ne se trahit pas. Mais au détour d’une phrase, d’un souvenir, une émotion intruse mais bienvenue vient souligner son regard franc. Pierre Chidiac est un sentimental qui le cache bien. Un calculateur qui a du cœur. Un intellectuel qui a beaucoup lu, des livres où les chiffres ont souvent remplacé les mots. Car les chiffres, statistiques, calculs de probabilités, illustrent très justement sa passion calculée, vécue tous les jours dans la tête et sur papier. Une grande bibliothèque étale sans rougir tous les livres traitant de son autre sujet favori, le bridge. S’y cache également un de ses auteurs préférés, Bacon, dont Pierre le fidèle lecteur a retenu «le complexe de responsabilité», faisant de ce sentiment un devoir, celui de rembourser son savoir, disperser son acquis en le transférant aux autres, «je me sens l’âme d’un missionnaire qui doit transmettre son expérience, céder le flambeau aux autres». Il aura cette attitude tout au long de sa carrière, inséparable de sa vie personnelle. À l’école déjà, Pierre qui avait la «bosse des mathématiques» vole au secours de ses amis et … ses professeurs, réglant les nombreux problèmes de physique et de mathématiques jusque-là insolubles ! Tout en achevant un DEA au Centre d’études mathématiques supérieures de Beyrouth, il enseigne les mathématiques et les mathématiques financières, avec le même objectif , partager. Il est admis à l’École supérieure d’aéronautique en France, lorsque le destin et … sa mère vont se charger de modifier le cours de sa vie. Changement de cap C’était en mai 1963. Pierre et son cousin, le regretté Jean Chidiac, se retrouvent autour d’un repas concocté par Marie, la mère inquiète de voir son fils partir à l’étranger prendre tous ces risques, piloter des avions et peut-être bien épouser une Française et s’installer loin du pays ! Jean, qui constituait alors la Société nationale d’assurances, propose à son mathématicien de cousin le poste d’actuaire avec, en prime, un stage de quelques mois en Suisse en compagnie des meilleurs mathématiciens – actuaires de la Compagnie suisse de réassurance –, «en me laissant le libre choix, au terme du stage, soit de poursuivre mes études aéronautiques, soit de changer de cap et devenir actuaire». Pierre, qui n’avait rien à perdre, s’embarque pour Zurich où il apprend un métier qui, semble-t-il, n’attendait que lui. À son retour au Liban, il intègre le groupe de la SNA , comme stagiaire d’abord, grimpant un à un, mais rapidement, les échelons qui vont le mener très haut. Parallèlement, il poursuit ses études d’actuariat à l’Institute of Actuaries de Londres et acquiert un diplôme d’actuaire AIA en 1972. En quatre ans, il devient vice-président et membre du conseil d’administration, puis Senior-Vice President avant d’être nommé directeur général de la SNA en 1976, titre qu’il conservera un an, puisqu’en 1977, Pierre Chidiac présente sa démission du groupe, tout en demeurant son consultant. «C’était une grande frustration, la SNA était mon bébé». Également père de deux enfants, Ronald et Pascal, il poursuit son aventure dans le monde de l’assurance qui lui ouvre les bras. Surnommé la Prima Donna, courtisé par beaucoup, il succombera au charme de Saba Nader, l’un des fondateurs du groupe Nasco et Karaoglan devenant ainsi directeur général du groupe et président de certaines de ses sociétés. Dans les années 90, il prend en main et à cœur la santé au Liban avec le projet MedNet dans lequel il insuffle son savoir, son expérience et son énergie. Sous sa présidence, MedNet International se développera au Moyen-Orient et en Europe et sera acquise par le géant allemand, la Munich Re. Depuis janvier 2000, M. Chidiac est actuaire conseil de MedNet, choisissant de reprendre son rôle préféré, celui de mentor chargé de «rembourser son savoir». Pour ce faire, il a crée Techno-Pôle 2000, une plate-forme réunissant de jeunes talents qu’il se charge d’encadrer et d’épanouir. Le bridge , un sport de l’esprit Et pour continuer à épanouir son esprit cartésien avide de connaissances, de cet «encore plus» qui lui manquera toujours, Pierre Chidiac s’adonne au bridge en «perfectionniste plutôt qu’en professionnel». La «bosse des cartes» qui s’était développée en même temps que celle des maths devient un challenge lorsque ses copains d’université lui proposent de lui enseigner cette «gymnastique saine de l’esprit». «Je me suis mis en tête de prendre ce jeu au sérieux et devenir le meilleur !». À partir de 1976, il pénètre le cercle sacré des grands bridgeurs internationaux, un hobby dont il apprécie «les compétitions qui exigent raisonnement, planning, sang-froid et analyse des situations et surtout la poésie de ce jeu». Il devient un des meilleurs bridgeurs libanais, participe à de nombreux championnats locaux et internationaux, empoche plusieurs victoires; la première remonte à 1973, au Championnat libanais par pair-messieurs, la dernière, au tournoi du second millénaire, sans oublier le championnat d’Europe à Malte, en juin 1999, où il décroche une médaille d’argent partagée avec un partenaire de marque, Omar Sharif. «Ces derniers mois, j’ai participé à une quinzaine de tournois libanais, j’en ai gagné 12». Ce qu’il préfère par-dessus tout c’est, avoue-t-il, « regarder, observer, apprendre». En vrai «perfectionniste», il a rédigé «Un Standard pour l’an 2000», en collaboration avec Daniel Beaucourt et Jean-Christophe Quentin . Un premier tome de recherches accumulées depuis plus de 20 ans, adressé aux joueurs de bridge de compétition et qui vient de paraître en France et au Liban, préfacé par José Damiani, président de la Fédération mondiale de bridge, qui précise à juste titre que «Pierre Chidiac a fini par écrire lui-même le livre qu’il ne trouvait pas…». «Il faut savoir bien perdre pour pouvoir gagner», conclut ce bridgeur au grand cœur. Il a, c’est certain, la «main suivante», celle qui permet d’avancer…
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