Au moins 100 000 personnes, selon les organisateurs, ont manifesté à Mexico pour exiger la libération de 85 étudiants détenus après une opération de police à l’Université de Mexico, destinée à mettre fin à une grève de près de 10 mois. Cette manifestation est apparue comme la plus importante depuis le début, en 1994, du mandat de l’actuel président Ernesto Zedillo, et les organisateurs ont estimé qu’elle pouvait dépasser les 150 000 personnes. Outre les étudiants partisans de la grève, la principale formation de la gauche mexicaine, le Parti de la révolution démocratique et de nombreuses organisations de même tendance avaient appelé à cette manifestation lui donnant un caractère nettement politique, les partis d’opposition ayant tous condamnés l’intervention de la police sur le campus universitaire. «Pas un seul vote pour le PRI», le Parti révolutionnaire institutionnel (au pouvoir depuis plus de 70 ans), ont crié des manifestants au moment où le candidat de cette formation, l’ex-ministre Francisco Labastida, apparaît comme le grand favori de la présidentielle de juillet prochain, tandis que celui de la gauche, l’ex-maire de Mexico Cuauhtémoc Cardenas, est actuellement à la traîne dans les sondages. Les protestataires qui ont défilé sur un itinéraire de plus de 4 km, le long de l’avenue Reforma, la principale artère de la capitale, jusqu’à la place du Zocalo au centre de la ville, ont déployé des banderoles demandant notamment : «Liberté pour nos enfants», «prisonniers politiques, liberté», tandis que la foule criait «grève, grève». «Vous n’êtes pas seuls», a lancé un groupe composé des mères des étudiants arrêtés. Cette manifestation est intervenue trois jours après que quelque 2 500 policiers eurent délogé, dimanche dernier, les étudiants qui occupaient depuis le 20 avril dernier l’Université de Mexico, la plus grande d’Amérique latine, pour protester contre une décision d’augmenter les droits d’inscription. Lors de cette opération, 745 étudiants, dont les chefs du mouvement, ont été arrêtés et 85 sont toujours détenus tandis que la police qui occupait l’université depuis dimanche est sortie du campus pour que les universitaires puissent en reprendre possession. Selon certains participants, la manifestation de mercredi a été comparable en ampleur à celles organisées lors du mouvement étudiant de 1968 qui s’étaient terminées dans le sang, le 2 octobre de la même année, lorsque l’armée avait ouvert le feu sur quelque 10 000 étudiants tuant quelque 300 personnes. Le chef de la guérilla zapatiste du Chiapas (sud du Mexique), le sous-commandant Marcos, a joint sa voix à celle des protestataires exigeant la libération des étudiants emprisonnés. «Personne dans ce pays ne peut parler de démocratie, de liberté ou de justice tant que les étudiants remplissent les prisons et non les salles de cours», a écrit le sous-commandant Marcos.
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