Grève ou pas ? C’est en définitive la principale question qui intéresse les parents d’élèves ne sachant plus à quels communiqués se vouer. En effet, et pour la première fois sans doute de l’histoire des écoles catholiques, le secrétariat général de ces établissements est entré en conflit avec le corps professoral en annonçant qu’aujourd’hui sera «une journée de classe ordinaire». De son côté, le chef du syndicat des enseignants, Georges Saadé, affirme que les professeurs observeront tous l’ordre de grève. Qui croire ? Les parents restent perplexes et ont toutes les raisons de l’être. De fait, si le problème ne se pose pas au niveau du secteur public, en revanche, certaines directions d’écoles catholiques ont fait de leur mieux pour tenter de concilier le mot d’ordre de leur secrétaire général, père Camille Zeidan, et la volonté de leurs professeurs de se solidariser avec le syndicat. Ce dilemme a souvent conduit à des messages hybrides transmis aux élèves par les directions de ces établissements : «Suivez les informations télévisées» ; ou encore : «Attendez demain matin (aujourd’hui) vos autocars. S’ils passent, c’est qu’il y a école»… Passeront, passeront pas ? Et s’ils passent, qu’adviendra-t-il des élèves une fois à l’école au cas où les enseignants décident de ne pas travailler ? Autant de questions auxquelles certains établissements privés laïcs, comme le lycée franco-libanais, donnent la réponse suivante : «Les autocars seront au rendez-vous, mais les professeurs se solidarisent avec leur syndicat. Une surveillance minimale sera donc assurée». Peut-on risquer d’envoyer les plus jeunes dans ces conditions ? Sans doute pas, et les parents tireront d’eux-mêmes la conclusion adéquate. Le collège Notre-Dame de Nazareth a également décidé de fermer ses portes , les professeurs étant décidés à ne pas s’y rendre. Idem pour le collège des pères antonins et des Saints-Cœurs-Kfarhbab. Malheureusement, certains établissements n’ont pas eu la même présence d’esprit et se sont contentés par exemple de distribuer aux élèves le communiqué du secrétariat général des écoles catholiques, les confortant de ce fait dans l’ignorance du lendemain… Il en va ainsi de Saint Joseph School… Grosso modo, on peut dire que les parents sont une fois de plus victimes du bras de fer qui oppose les professeurs à leurs directions et à l’État. Mais le plus grave dans cette affaire, c’est que les administrations des établissements catholiques, qui, jusqu’alors avaient pris l’habitude de respecter l’ordre de grève de leurs enseignants, ont brisé la tradition. C’est qu’il doit y avoir une raison sérieuse. La position des administrations Dans le communiqué publié hier à l’issue d’une réunion extraordinaire tenue sous l’égide du père Camille Zeidan, les directeurs des écoles catholiques ont tiré la sonnette d’alarme en affirmant que tout acte «compromettant le cours de l’année scolaire est un crime dont la première victime dans le secteur privé est sans doute l’enseignant lui-même. Celui-ci pourrait en effet se retrouver sans salaire à la fin du mois et sans travail à la fin de l’année». Selon le même communiqué, les autres victimes sont les parents et les institutions pédagogiques qui ne pourront pas supporter les effets d’une nouvelle majoration des écolages. Le secrétaire général des écoles catholiques donnera une conférence de presse jeudi matin pour expliquer les tenants et les aboutissants de la crise dans le domaine pédagogique. En attendant, tout en appelant au dialogue, il affirme qu’aujourd’hui sera une journée de classe ordinaire. En réalité, à en croire les administrations des établissements catholiques et privés, la situation financière est devenue intenable. En effet, nombre d’écoles accusent déjà un déficit considérable dû au retard dans le règlement des écolages de l’an dernier. Si les six échelons attribués au secteur secondaire devaient l’être aussi aux cycles primaire et complémentaire, les augmentations sur les frais de scolarité seraient de l’ordre de 30 % environ. Une majoration qui creuserait encore davantage le déficit du budget des écoles catholiques… Rappelons que les directions des écoles privées non catholiques s’étaient opposées dès le début au mouvement de protestation initié par le syndicat des enseignants. Le communiqué publié hier encore par des établissements a tenu dans ce cadre à rendre hommage aux professeurs qui tiennent compte de l’intérêt des élèves «à l’ombre de la crise économique qui sévit dans le pays». L’unité syndicale menacée ? De son côté, s’adressant aux parents d’élèves, le chef du syndicat des enseignants Georges Saadé a affirmé que ceux-là étaient «libres d’envoyer leurs enfants à l’école, mais les professeurs n’y seront pas». Il a en même temps appelé ses collègues à «respecter la décision du syndicat en participant au sit-in et aux manifestations» qui auront lieu devant le Grand Sérail et le siège de l’Assemblée nationale. Qu’est-ce qui incite donc M. Saadé à lancer cet appel ? Il craint sans doute que les enseignants ne cèdent aux «pressions» exercées par les dirigeants des écoles. Et pour cause : selon lui, ceux-ci menacent le corps enseignant de «le priver de son pain quotidien s’il n’est pas à son poste mardi». M. Saadé accuse aussi le gouvernement d’avoir incité les propriétaires des établissements à menacer les professeurs de sanctions pour faire échouer la grève… En conclusion, rien ne permet de croire qu’une solution est envisageable à court terme. On craint de ce fait que le syndicat ne mette à exécution sa menace d’une grève ouverte si celle qui aura lieu aujourd’hui n’a toujours pas l’effet escompté. Rappelons dans ce cadre que le mouvement de protestation vise notamment à donner satisfaction aux enseignants du primaire et du complémentaire qui ont été lésés par une loi votée l’an dernier. Celle-ci a octroyé six échelons supplémentaires à leurs seuls collègues du secondaire. D’où l’injustice…
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