Contrairement à la célèbre phrase qui prétend que devant les délices de l’ivresse le flacon importe peu, cet accessoire demeure un protagoniste. Que celle qui ne garde pas au fond d’un tiroir un flacon vide, qui lui rapelle à travers des émanations à moitié éteintes des souvenirs doux à la mémoire, lève sa main. Sans le flacon, adieu l’ivresse. Du champagne bu dans un gobelet en plastique serait-il «le» champagne? «Le flacon, dit le sculpteur Serge Manceau, créateur des flacons les plus cotés, est un acteur de théâtre qui annonce un texte». Timide ou insignifiant, si le flacon-acteur rate son entrée en scène, le parfum aura du mal à survivre. Quand Anaïs Anaïs, Magie Noire, Samsara, Obsession, Byzance et Boucheron embaument l’univers, les flacons se recyclent... On apprécie la rondeur, la discrétion, une certaine préciosité jouant sur le souvenir. La dernière décade du siècle est résolument minimaliste: Eternity de Kalvin Klein, Eau de Miyake, Eau de Bulgari prônent simplicité, rigueur, incitant ainsi une réaction de rejet de cette soumission servile à la crise économique. C’est alors les flacons sompteux, audacieux, sensuels: la comète en or massif de Mugler, la guêpière cristalline de Gaultier, le velouté de Nina Ricci pour Deci Delà... Mais la vie continue, le temps s’égrène... Aujourd’hui, comme hier, les formes se réconcilient. La princesse en haillons, ou presque, ne peut prétendre qu’à des flatteries fugaces et éphémères. Les sondages sont là pour nous le rappeler: cinquante pour cent d’acheteurs sont attirés par le flacon, juste après la marque et le nom! Une histoire à raconter... Jusqu’aux années 40, les flacons fabriqués en série limitée ne s’adressaient qu’au goût de certains amateurs éclairés. Ils restaient proches des tendances artistiques et l’imaginaire d’une classe en mesure de consommer, en cadence rapide, le produit éclectique qu’ils renferment. Après la guerre, avec la démocratisation forcée, le parfum se popularise. Son flacon d’artisanat devient industrie. L’art à la chaîne n’est pas possible. Simplification donc: des formes, de la matière première, de l’emballage, des matériaux... Rigueur géométrique et entrée du plastique! Le carré et la boule se déclinent à égalité: Allure de Chanel, Pleasures d’Estée Lauder, Dolce Vita de Dior, 24 Faubourg, d’Hermès, Tentation de Paloma Picasso et tant, tant d’autres sillages habillés de cristal. Le flacon? Un symbole immédiatement identifiable, véhicule d’une image promoteur d’une nouvelle vision du luxe et du panache dit «glamour», avec un clin d’œil à la mode. Voilà en raccourci la description des tâches de ce récipient qui, souvent, sinon toujours, lui, le cassable, survit à son contenu. N’est-ce pas le cas pour Shoking ou le N°5 de Chanel?
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Contrairement à la célèbre phrase qui prétend que devant les délices de l’ivresse le flacon importe peu, cet accessoire demeure un protagoniste. Que celle qui ne garde pas au fond d’un tiroir un flacon vide, qui lui rapelle à travers des émanations à moitié éteintes des souvenirs doux à la mémoire, lève sa main. Sans le flacon, adieu l’ivresse. Du champagne bu dans un gobelet en plastique serait-il «le» champagne? «Le flacon, dit le sculpteur Serge Manceau, créateur des flacons les plus cotés, est un acteur de théâtre qui annonce un texte». Timide ou insignifiant, si le flacon-acteur rate son entrée en scène, le parfum aura du mal à survivre. Quand Anaïs Anaïs, Magie Noire, Samsara, Obsession, Byzance et Boucheron embaument l’univers, les flacons se recyclent... On apprécie la rondeur, la discrétion,...