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Actualités - Chronologie

La lutte du Tchad alourdie par le nombre des malades soudanais

Sans l’afflux de lépreux venus du Soudan voisin, le Tchad aurait pu espérer profiter dimanche de la 47e journée mondiale contre la lèpre pour célébrer l’élimination de cette maladie de son territoire. Avec environ cinq cas pour 10 000 habitants, le Tchad était encore considéré en 1995 comme un des pays les plus touchés par le bacille de Hansen. Mais les efforts menés par l’État et la fondation Raoul Follereau ont été payants : à l’aube de l’an 2000, ce pays, un des plus pauvres de la planète, affichait un taux prometteur de seulement 0,87 malade pour 10 000 habitants. Depuis, en raison de la présence des malades soudanais, ce taux est largement remonté au-dessus de la barre fatidique des 1 pour 10 000. «Nous ne pouvons pas les rejeter, notre devoir est de les soigner», explique le Dr Fatchou Gakaitangou, responsable du programme-lèpre du Tchad. «Avant de venir nous voir, ils ont fait le tour des marabouts et quand ils arrivent, c’est au dernier carat», ajoute le Dr Yagar, responsable du district de Oum Hadjer. Seul médecin pour exactement 114 244 habitants, sans moyen de locomotion depuis des mois, il ne peut même pas faire le tour de la douzaine de centres de santé de sa juridiction. Le plus proche est à 40 kilomètres, le plus lointain à 110 km. Pourtant, sur le papier, le Tchad a repris la politique de lutte contre les «grandes endémies» instaurée du temps de la colonisation : ne pas attendre que les malades viennent voir le médecin mais aller à leur rencontre, aussi loin qu’ils puissent se trouver. Mais le pays manque cruellement de moyens et de personnel. Tous les fonds consacrés à la lutte contre la lèpre viennent de la fondation française Raoul Follereau (1903-1977, journaliste et avocat français fondateur en 1966 de la Fédération internationale des associations de lutte contre la lèpre). Le Tchad compte un peu moins de 300 médecins, y compris les expatriés, pour 6 millions d’habitants. Soit un médecin pour 20 000 habitants. Et encore, près de la moitié sont installés dans les grandes villes, N’djamena, Moundou. Par comparaison, la France, dix fois plus peuplée, recense 200 000 médecins, un pour 300 personnes. «À partir de l’indépendance, en 1960, la plupart des étudiants en médecine sont allés étudier en Union soviétique grâce à des bourses mais, en raison de l’insécurité et de la difficulté des conditions de vie, beaucoup ne sont pas revenus et n’ont même pas fait les dix ans qu’ils devaient à l’État», explique le Dr Gakaitangou. Environ 95 % des médecins tchadiens ont fait leurs études dans les pays de l’Est. Maintenant, le choix des étudiants se porte plus volontiers sur les pays voisins, Mali, Niger, Cameroun, Bénin, Côte d’Ivoire. «Mais il n’y a plus de système de bourse et, sur dix nouveaux diplômés, un ou deux, pas plus, rentrent au pays», constate ce spécialiste de la lèpre. Les rares médecins qui s’impliquent dans la lutte contre la lèpre doivent aussi superviser l’activité des quelques infirmiers et aides-soignants qui tiennent les 400 centres de santé du pays et celle des centaines de volontaires choisis par les communautés pour inciter les malades à se faire soigner. Accessoirement, les praticiens doivent aussi éviter le coulage et le détournement de médicaments : «la dapsone, une des composantes de la trithérapie utilisée contre la lèpre, est très recherchée en Afrique où elle passe pour le Viagra du pauvre», explique le Dr Jean Brière de l’Isle, responsable de la Fondation Follereau.
Sans l’afflux de lépreux venus du Soudan voisin, le Tchad aurait pu espérer profiter dimanche de la 47e journée mondiale contre la lèpre pour célébrer l’élimination de cette maladie de son territoire. Avec environ cinq cas pour 10 000 habitants, le Tchad était encore considéré en 1995 comme un des pays les plus touchés par le bacille de Hansen. Mais les efforts menés par l’État et la fondation Raoul Follereau ont été payants : à l’aube de l’an 2000, ce pays, un des plus pauvres de la planète, affichait un taux prometteur de seulement 0,87 malade pour 10 000 habitants. Depuis, en raison de la présence des malades soudanais, ce taux est largement remonté au-dessus de la barre fatidique des 1 pour 10 000. «Nous ne pouvons pas les rejeter, notre devoir est de les soigner», explique le Dr Fatchou Gakaitangou,...