Rechercher
Rechercher

Actualités - Chronologie

Mode passé-présent Albert Elbaz sur les pas d'Yves Saint-Laurent (photos)

On peut adopter un style de vie mais on n’imite jamais sans dégâts le style d’un autre. Face à la polémique suscitée par la collection «prêt à porter» d’Yves Saint-Laurent, dessinée par Albert Elbaz, on ne peut que méditer sur cette réflexion. Au printemps passé, un nouveau chapitre s’ouvrait dans l’histoire de la maison YSL: le prêt-à-porter de la célèbre griffe était l’œuvre d’un jeune styliste, venu de Londres, Albert Elbaz, appelé à prendre la succession du célèbre créateur. Difficilement pensait-on. Transfuge de Geoffrey Beene et de Guy Laroche, ce styliste de 37 ans a pourtant su, avec intelligence, faire face au terrible défi. Fort de l’appui du grand créateur qui, pour la circonstance, lui avait prêté son célèbre talisman (un cœur en faux diamants et rubis, créé en 1962 pour la première collection Yves Saint-Laurent), Elbaz a présenté «Sheedy Classics», une série de modèles classiques «en mouvement». En d’autres termes, une variation (dépoussiérée, irrévérencieuse et très évocatrice) des grands classiques (célébrissimes) de son prédécesseur... Partant des traits essentiels du style YSL: manches boules, associations «choc» de couleurs électriques, révision smoking mythique, mélange révolutionnaire de matières. Il a donné une interprétation réactualisée des chevaux de bataille du grand Yves sans l’imiter ni le trahir. «Une histoire dans l’Histoire», a-t-il expliqué, en faisant allusion à ses tailleurs-pantalons, aux robes droites en soie rehaussées de fourrure, aux pull-bustiers. La référence à Saint-Laurent, restée visible, servait de point de départ à une remise à niveau désacralisée avec ostentation au style du grand maître. La presse n’a pas manqué de relever le rythme à pas de course du défilé: «À toute allure, pour ne pas parler de précipitation...», lisait-on. Les critiques mitigées, tout en relevant les détails saugrenus du «show», ont quand même reconnu le fait que le styliste britannique a su, en évitant le redoutable clonage, retrouver l’essence du «style YSL». Les commentaires du «successeur» Contrairement à l’usage, Albert Elbaz a tenu à repondre aux commentaires assez critiques soulevés par son défilé. «Certaines phrases m’ont fait mal», dit-il. «J’ai parfois senti une confusion entre la critique du show et celle des vêtements eux-mêmes. Si les “classiques nerveux” (speedy classics) ont défilé rapidement, c’est dans l’intention de montrer une femme “réelle”, marchant vite, sans s’arrêter. J’ai essayé de suggérer la fantaisie à travers la vitesse plutôt qu’à travers les métrages de tissus, le maquillage élaboré, les coiffures. La critique m’angoisse, me déprime. Mais ce qui me rassure, c’est que personne n’est d’accord. Il y a des gens qui aiment et d’autres qui détestent. La collection ne ressemble pas à une jolie blonde aux yeux bleus. C’est une fille étrange qui étonne et fait parler d’elle». Même si Elbaz n’est pas Saint-Laurent, à travers ce défilé il a su sortir sans grands dégâts de la confrontation. Le jeune créateur britannique a surtout eu le courage de désacraliser le chic très élitiste de la célèbre maison. Nouveaux temps, nouveaux mœurs. Le tournant fatidique du siècle force aux réformes. L’inégalable distinction de la griffe YSL convient mal à l’époque qui s’ébauche. Elbaz a conçu un pont sans se renier ni (trop) trahir le maître.
On peut adopter un style de vie mais on n’imite jamais sans dégâts le style d’un autre. Face à la polémique suscitée par la collection «prêt à porter» d’Yves Saint-Laurent, dessinée par Albert Elbaz, on ne peut que méditer sur cette réflexion. Au printemps passé, un nouveau chapitre s’ouvrait dans l’histoire de la maison YSL: le prêt-à-porter de la célèbre griffe était l’œuvre d’un jeune styliste, venu de Londres, Albert Elbaz, appelé à prendre la succession du célèbre créateur. Difficilement pensait-on. Transfuge de Geoffrey Beene et de Guy Laroche, ce styliste de 37 ans a pourtant su, avec intelligence, faire face au terrible défi. Fort de l’appui du grand créateur qui, pour la circonstance, lui avait prêté son célèbre talisman (un cœur en faux diamants et rubis, créé en 1962 pour la...