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Actualités - Chronologie

Harcelés par les tchétchènes, les soldats russes n'y croient plus

«On nous a balancés ici en nous disant que tout serait fini rapidement mais nous avons trouvé une réalité bien différente» : Alexandre, 37 ans, originaire de l’Extrême-Orient russe, résume l’état d’esprit des troupes russes engagées à Grozny depuis des semaines. Vêtu d’un pull civil sous son treillis militaire, il témoigne de la lassitude de ses hommes : «Pour nous les officiers, ça va encore, mais pour les soldats, c’est dur». L’image contraste avec celles que donnent les télévisions russes depuis le début de l’intervention en Tchétchénie, le 1er octobre : des soldats convaincus de la justesse de leur cause, partant au combat pour défendre leur patrie contre «le terrorisme». La Russie était à l’époque sous le choc d’une série d’attentats meurtriers qui ont fait 293 morts en août et septembre, et l’armée comme l’opinion publique jugeaient indispensable d’aller frapper les présumés coupables là où ils se trouvaient : en Tchétchénie. Depuis novembre, le haut commandement annonce presque chaque jour la fin imminente de la guerre et de la bataille de Grozny. Le 25 décembre, «l’assaut final» était lancé contre la capitale indépendantiste. Un mois plus tard, les Russes continuent à perdre des hommes dans les combats de rue. Les plus aigries sont les troupes d’élite du ministère de l’Intérieur, Omon et SOBR, à qui l’on avait annoncé un retour à l’arrière début janvier, et dont la période de service vient d’être rallongée d’un mois. Comme d’autres combattants rencontrés cette semaine à Grozny, Alexandre déplore le manque de coordination entre les unités : «On jette nos soldats là-dedans. L’artillerie ne nous soutient pas assez. Et quand on leur désigne un objectif, ils ne le touchent pas», dit-il en montrant les quartiers d’immeubles où les hommes se battent et meurent pour gagner quelques dizaines de mètres. Igor, 35 ans, médecin d’une unité engagée dans la bataille, dénonce des erreurs dramatiques de l’artillerie : «La plupart des blessés que j’ai vus au sud de Grozny ont été soit victimes de leur imprudence, soit frappés par nos propres mortiers. J’ai dû amputer d’une jambe un gars de 25 ans touché par un obus venu de chez nous. Les artilleurs étaient ivres et tiraient n’importe où. C’est aussi cela la réalité de cette guerre!». Depuis plusieurs jours, les positions russes et tchétchènes sont parfois si proches les unes des autres que les adversaires peuvent s’insulter en criant et que l’aviation et l’artillerie lourde russes ont du mal à tirer sur les indépendantistes sans risquer de toucher les fédéraux. Sergueï, un autre officier chef d’unité, était engagé avec ses hommes jeudi sur l’une des rues menant à la place Minoutka, un carrefour stratégique menant au centre de Grozny. Envoyés en éclaireurs, ils devaient choisir un endroit où installer leur position. L’officier repère deux maisons de cinq étages. Un soldat : «Si les rebelles n’y sont pas, cela ne signifie pas encore que nous devons y aller. D’habitude, les Tchétchènes nous laissent avancer, puis commencent à nous massacrer après nous avoir séparés». Sergueï propose de bombarder une nouvelle fois les maisons, par précaution. Le soldat : «Inutile, de toutes manières, elles sont vides pour l’instant. Les Tchétchènes ne reviendront que lorsque nous y entrerons». Sergueï et ses éclaireurs avancent finalement, mais avec la conviction que tout n’a pas été fait pour leur donner les meilleures chances de s’en tirer.
«On nous a balancés ici en nous disant que tout serait fini rapidement mais nous avons trouvé une réalité bien différente» : Alexandre, 37 ans, originaire de l’Extrême-Orient russe, résume l’état d’esprit des troupes russes engagées à Grozny depuis des semaines. Vêtu d’un pull civil sous son treillis militaire, il témoigne de la lassitude de ses hommes : «Pour nous les officiers, ça va encore, mais pour les soldats, c’est dur». L’image contraste avec celles que donnent les télévisions russes depuis le début de l’intervention en Tchétchénie, le 1er octobre : des soldats convaincus de la justesse de leur cause, partant au combat pour défendre leur patrie contre «le terrorisme». La Russie était à l’époque sous le choc d’une série d’attentats meurtriers qui ont fait 293 morts en août et...