Saëb Salam n’est plus. Ce vétéran de la vie politique libanaise, l’un des principaux leaders des quarante premières années de l’indépendance, est décédé après une vie politique intense (il a été six fois député et six fois Premier ministre). Il a succombé hier à l’aube à la suite d’une série de problèmes de santé, alors qu’il venait de fêter ses 95 ans le 17 janvier (il est né en 1905). Saëb Salam est également le dernier des grands hommes qui ont contribué à l’indépendance du Liban. Hier, son domicile regorgeait de personnalités venues rendre un dernier hommage à un grand homme libanais. Son fils, M. Tammam Salam, député de Beyrouth et président de l’association des Makassed, recevait les condoléances à Mousseitbé, au cœur de cette capitale que Saëb Salam chérissait tant. Des scouts islamiques et des jeunes gens portant des tabliers sur lesquels se trouvait l’inscription Makassed se tenaient debout à l’entrée. Le président de la République, le général Émile Lahoud, a été l’un des premiers à se rendre au domicile du défunt. Dans le registre de condoléances, le président Lahoud a qualifié l’ancien Premier ministre de «grand homme parmi les grands, l’un des piliers de la nation et de l’indépendance». La perte du grand homme d’État a été douloureusement ressentie par tous les hommes politiques qui ont présenté leurs condoléances à M. Tammam Salam et à la famille du défunt. Certains, qui ont donné leur témoignage à L’Orient-Le Jour, se sont accordés à dire que Saëb Salam était non seulement l’un des artisans de l’Indépendance, mais également un fervent défenseur de la coexistence, et que son héritage politique demeurera présent dans les esprits. M. Melhem Karam, président de l’Ordre des journalistes, considère que «Saëb Salam, ce grand leader, a toujours agi dans l’intérêt du Liban et de son unité». Il ajoute : «Tous les autres discours n’étaient que vains mots. Seul Saëb Salam parlait avec conviction. L’un de ses slogans était le suivant : “Nous voulons un seul Liban, pas deux”. Ces mots sont de ceux qui se gravent dans les cœurs. Saëb Salam les a prononcés parce qu’il croyait profondément que le musulman et le chrétien devaient vivre en tant que frères». Selon M. Karam, Saëb Salam a payé ces convictions de sa popularité. Il raconte : «J’étais moi-même dans cette maison lors de la révolution de 1958. Une foule portant quatre corps appartenant à des personnes de la famille Chehabeddine l’apostrophait. Il a d’abord refusé de se montrer jusqu’à ce que, acculé par les cris, il s’est adressé à la foule en disant : “Il est de votre devoir de préserver l’honneur des morts. Enterrez-les !”. Ses mots lui ont valu des insultes. C’est alors qu’il a déclaré : “Peu m’importent les insultes. Je payerai de ma popularité pour sauver mon pays. Si j’avais tenu des propos provocateurs, j’aurais causé un massacre que ni moi ni (le président) Camille Chamoun ni le patriarche maronite ne pouvons arrêter”. Tel était Saëb Salam». Un héritage politique incontournable De son côté, le député Marwan Farès déclare que «Saëb Salam était l’un des symboles de l’édification du Liban moderne». «Les points de vue concernant ce Liban moderne ont souvent divergé mais le pays a su les surmonter», poursuit-il. «Toutefois, les points de vue de grands hommes comme Saëb Salam sont de ceux que seule l’histoire juge et non les individus. Il était une valeur sûre du monde politique libanais». M. Michel Moussa, ministre des Affaires sociales et du Travail, pense lui aussi que «Saëb Salam était l’un des symboles du pays et le dernier grand homme de l’Indépendance». «Saëb Salam se caractérisait par un sens des valeurs nationales ainsi qu’une capacité à les communiquer au peuple, ce qui est une combinaison exceptionnelle», ajoute-t-il. «Il est sûr que sa disparition est une perte inestimable pour le pays. Mais son fils Tammam prend sa relève». M. Émile Rahmé, président du parti Solidarité, considère que «le Liban a non seulement perdu un homme de grande valeur, mais un symbole de l’union nationale, qui a prouvé qu’elle seule pouvait protéger le pays des dangers qui le guettent». «J’espère que les responsables se souviendront de ses slogans d’union nationale, afin qu’on renoue avec l’époque de Saëb Salam, celle de la compréhension et du dialogue», poursuit-il. Pense-t-il que ces temps sont révolus ? «Quelque peu, répond M. Rahmé. Il n’existe actuellement ni compréhension ni équilibre, même si je suis sûr que les responsables font de leur possible pour remédier à la situation». M. Joseph Chaoul, ministre de la Justice, dépeint le leader disparu en ces termes : «Il était le héros du Liban, le héros des chrétiens et celui des musulmans, le héros de l’Orient. Sa famille a une longue tradition politique». Pour sa part, M. Nassib Lahoud, député, affirme que «la disparition de Saëb Salam ne peut être compensée». «Il était bien plus qu’un député et qu’un chef du gouvernement, il était un des symboles de l’indépendance et de l’union nationale, dit-il. C’est l’un des hommes qui ont le plus influé sur la politique nationale au cours des dernières décennies». Le métropolite Élias Audeh, venu également présenter ses condoléances, parle d’une relation personnelle entretenue entre l’archevêché grec-orthodoxe et le grand disparu. «Dans notre archevêché, Saëb Salam était considéré comme un membre de la famille, dit-il. Pour cela, nous sentons aujourd’hui qu’un de nos proches est décédé. Nous prions Dieu qu’Il l’entoure de Sa miséricorde et qu’Il le récompense de tous ses efforts pour l’édification du Liban». L’ancien ministre Georges Frem a rendu pour sa part hommage à «l’homme qui, pour notre génération, représentait un Liban équilibré». Il ajoute : «Nous considérons que son héritage est en de bonnes mains». Saëb Salam, l’homme, est décrit aussi dans un témoignage très personnalisé, celui de Fayçal Kawas, son attaché de presse depuis 1978. «J’ai perdu mes deux parents, mais ce n’est que maintenant que je me sens orphelin», dit-il, les larmes aux yeux, évoquant l’homme qu’il a vu vivre. Selon lui, «Saëb Salam était un grand leader politique, mais aussi un grand leader populaire». Comment était-il au quotidien ? «Le travail avec lui était très dynamique, raconte M. Kawas. Si la journée comptait plus de 24 heures, nous aurions travaillé davantage. C’était sa façon d’être et le rythme qu’il s’imposait à lui-même et à ses collaborateurs». Saëb Salam était un homme attaché aux principes et à la famille. «Il était très soucieux de présenter ses condoléances dès qu’un décès survenait, poursuit M. Kawas. Il ne manquait jamais de féliciter des nouveaux mariés en leur envoyant un cadeau qui était invariablement une copie du Coran. De même, il avait un tableau des dates d’anniversaire de tous les membres de sa famille et il n’oubliait jamais de les contacter pour les fêter. Il désirait être au courant des plus petits détails de leur vie».
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Saëb Salam n’est plus. Ce vétéran de la vie politique libanaise, l’un des principaux leaders des quarante premières années de l’indépendance, est décédé après une vie politique intense (il a été six fois député et six fois Premier ministre). Il a succombé hier à l’aube à la suite d’une série de problèmes de santé, alors qu’il venait de fêter ses 95 ans le 17 janvier (il est né en 1905). Saëb Salam est également le dernier des grands hommes qui ont contribué à l’indépendance du Liban. Hier, son domicile regorgeait de personnalités venues rendre un dernier hommage à un grand homme libanais. Son fils, M. Tammam Salam, député de Beyrouth et président de l’association des Makassed, recevait les condoléances à Mousseitbé, au cœur de cette capitale que Saëb Salam chérissait tant. Des scouts...