Où commence le plateau syrien du Golan et où finit le territoire israélien ? La réponse à cette question – en apparence simple mais en réalité très complexe – se trouve au cœur d’un éventuel règlement de paix entre Israël et la Syrie. Pour Damas, un retrait israélien du Golan jusqu’à la ligne du 4 juin 1967, veille de la guerre des Six-Jours qui conduisit à la conquête du plateau par Israël, a toujours été la condition sine qua non à tout accord de paix. Le troisième round de négociations de paix a ainsi été reporté sine die, lundi dernier, après que la Syrie eut exigé au préalable un engagement d’Israël à se retirer totalement du Golan qu’il a annexé en 1981. L’État hébreu a rejeté cette exigence. Que les deux pays, en état de guerre depuis 51 ans, aient des vues opposées sur leur frontière future n’a rien de surprenant. Mais ils ne sont même pas d’accord sur le tracé de leur frontière passée. Pour compliquer les choses, tous les signes de la ligne d’armistice entre Israël et la Syrie ont été effacés côté israélien. Signé le 20 juillet 1949, cet armistice, souvent violé, avait duré vaille que vaille jusqu’au 4 juin 1967. De nos jours, aucun poteau frontalier n’avertit le voyageur venant de la rive orientale du lac de Tibériade ou franchissant le Jourdain en amont du lac qu’il entre dans un territoire occupé. Il ne sert à rien non plus de consulter les cartes officielles d’Israël, car toute référence aux anciennes frontières a disparu. «Nous ne publions plus de cartes d’Israël montrant les frontières antérieures à la guerre des Six-Jours à la suite d’une décision gouvernementale prise en 1968», a affirmé une responsable du bureau national de la cartographie, Mme Carmela Chancer. Les seuls documents disponibles – et encore, il faut une demande spéciale – sont des photocopies de cartes publiées bien avant 1967 à une échelle de 1/100 000, soit deux fois plus petite que l’échelle des cartes actuelles. Les renseignements militaires israéliens disposent de documents beaucoup plus détaillés, mais ils ne sont pas consultables, car uniquement destinés aux négociateurs israéliens avec la Syrie. «Le problème, c’est que la ligne du 4 juin 1967 n’a jamais été dessinée. C’était une sorte de ligne de confrontation fluctuante», explique un responsable du Centre Jaffee pour les études stratégiques de l’université de Tel-Aviv, le général de réserve Shlomo Brom. Selon lui, la ligne de 1967 «n’était plus exactement celle de l’armistice de 1949, basée elle-même sur la frontière internationale de 1923 entre le mandat britannique en Palestine et la Syrie sous mandat français». La frontière internationale avait été le fruit d’un accord signé le 10 mars 1923 par la France et l’Angleterre et entériné par la Société des Nations en 1935, mais jamais reconnu par la Syrie. L’accord de 1923 stipulait que le lac de Tibériade, devenu depuis le grand réservoir d’eau d’Israël, faisait partie de la Palestine. Il accordait aux Syriens des droits de pêche. Cette frontière avait été légèrement modifiée une première fois lors de la première guerre israélo-arabe (1948-1949), à l’issue de laquelle les Syriens avaient conquis certaines zones qui furent ensuite démilitarisées dans le cadre de l’armistice de 1949. L’armistice stipulait que la frontière syrienne se confondrait avec la frontière internationale, à dix mètres du rivage, dans la partie nord-est du lac. Mais entre 1949 et 1967, Israël et la Syrie ont tous deux occupé unilatéralement des zones démilitarisées. La Syrie a en outre pris le contrôle effectif de la rive nord-est du lac de Tibériade, alors qu’Israël refusait un droit de pêche aux riverains syriens.
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