Une certaine morosité s’est emparée du marché des changes de Beyrouth au lendemain l’annonce de la fin des combats qui avaient opposé l’armée libanaise à des fondamentalistes sunnites au Liban-Nord et à la veille d’un long week-end chômé à l’occasion de la fête du Fitr. En effet, la demande du dollar s’est nettement contractée alors que l’offre ne se manifestait que pour satisfaire les besoins du marché en cette monnaie, pendant que la Banque du Liban (BDL) continuait à la proposer entre 1 501,00 LL à l’achat et 1 514,00 LL à la vente pour la faire clôturer au taux moyen indicatif de 1 507,50 LL, comme depuis le 9 septembre dernier. De leur côté, les établissements de crédit ont été amenés à négocier le billet vert sur le marché interbancaire entre 1 506,50 et 1 507,50 LL mais dans des volumes d’affaires très minces, ne dépassant pas au total quelque cinq millions de dollars entièrement échangés par les banques de la place à l’achat et à la vente. Irrégularité du dollar et baisse du yen À l’étranger, l’euro est resté ferme face aux principales devises hier sur les marchés des changes internationaux, profitant de la nervosité de Wall Street et de bons chiffres européens, tandis que le yen a reculé sur des craintes d’intervention de la Banque du Japon. La monnaie unique européenne s’est raffermie hier malgré le rebond la veille de Wall Street et alors que la place boursière new-yorkaise se montrait encore contrastée avec une progression de l’indice Dow Jones des industrielles et une baisse de l’indice composite de la Bourse électronique (Nasdaq). De fait, les marchés des actions sont restés nerveux et des rumeurs de hausse des taux d’intérêt par la Réserve fédérale américaine (Fed) début février ont profité à l’euro, mais l’agitation boursière actuelle ne devrait être «le grand krach» tant redouté, ont indiqué les cambistes, estimant que le dollar a encore de beaux jours devant lui. Les analystes ont fait pourtant remarquer que toutes les données économiques publiées ces derniers jours en Europe ont été positives pour la monnaie unique, notamment l’annonce la veille d’une forte baisse du chômage en Allemagne, ce qui met l’accent sur la forte reprise économique dans la zone euro. En revanche, les spéculations concernant une nouvelle intervention de la Banque du Japon sur les marchés des changes ont pesé sur la devise nippone. Mais les analystes ont expliqué également le repli du yen par les commentaires du vice-ministre des Finances japonais pour les affaires internationales, Haruhiko Kuroda, selon lequel les autorités monétaires japonaises sont déterminées à agir pour empêcher une appréciation excessive du yen. Quant à la livre sterling, elle est restée soutenue, après l’annonce hier par Halifax, le principal établissement de crédit du secteur immobilier, d’une augmentation de 13,6 % des prix des logements en Grande-Bretagne l’année dernière, la plus forte depuis dix ans. Le sterling a aussi bénéficié hier de la confirmation des perspectives de forte croissance de l’économie britannique, suite à l’annonce par la Confédération de l’industrie britannique (CBI) d’une importante hausse des ventes de détail le mois dernier au Royaume-Uni, la plus forte enregistrée depuis avril 1997 en glissement annuel. Pourtant, les marchés paraissaient hier attendre les chiffres de l’emploi aux États-Unis en décembre qui doivent être publiés aujourd’hui pour se faire une idée plus précise sur la situation de l’économie américaine. Ils se sont, en effet, montrés plutôt indifférents à l’annonce hier d’une hausse de 33 000 personnes du nombre des demandeurs d’allocations chômage aux États-Unis la semaine dernière et d’une diminution de 7,1 % des ventes de logements neufs en novembre contre une augmentation de 9,00 % en octobre, excluant toute surchauffe économique. Dans cette attente, le dollar est parvenu à réduire ses pertes face à l’euro tout en s’appréciant davantage contre le yen se négociant, à New York, sur un ton mitigé comme suit : – 1,0300 pour un euro contre 1,0315, la veille – 1,6475 pour un sterling contre 1,6420 – 1,8990 DM contre 1,8960 – 6,3685 FF contre 6,3590 – 1,5580 FS contre 1,5555 – 1 879,90 lires contre 1 877,05 – 105,30 yens contre 104,35. Bourse de Beyrouth : poursuite de la baisse La Bourse de Beyrouth a continué de battre en retraite, hier, affectée par la baisse des valeurs bancaires, notamment les actions C de la Banque Audi et de la Banque européenne pour le Moyen-Orient (Bemo), dans un marché autrement stable sur le restant de la cote. C’est ainsi que l’indice général Lispi de toutes les valeurs libanaises cotées a cédé 0,28 % à 77,12 points, de même que l’indice partiel LIBX des valeurs bancaires qui a abandonné 0,46 % à 176,60 points. Ce mouvement s’est produit hier dans un marché relativement plus étoffé que la veille avec 94 464 actions négociées d’une valeur globale de 676 712 dollars. Wall Street : tendance mitigée Sur les places boursières internationales, Wall Street s’est montrée encore une fois contrastée, les valeurs de la haute technologie et de l’Internet reperdaient du terrain tirant le Nasdaq à la baisse, alors que les valeurs traditionnelles et les cycliques continuaient de soutenir le Dow Jones des industrielles. Les statistiques publiées hier ont montré que le marché de l’emploi restait très étroit aux États-Unis avec des demandes d’allocations chômage en augmentation de 33 000 à 309 000 dossiers pour la semaine dernière. Cette progression sur une semaine, la plus forte depuis un an, a été appréciée avec prudence car, selon le département du Travail, ces chiffres sont souvent très volatils pendant la période des fêtes. Mais, selon les économistes de Merrill Lynch, ces chiffres ne changent pas les prévisions pour les chiffres du chômage américain pour décembre qui vont être annoncés aujourd’hui. Ces chiffres devraient baisser à 4 %, estime-t-on dans ces mêmes milieux, contre 4,1 % en novembre. Et d’ajouter que toute nouvelle réduction du chômage aux États-Unis dans un contexte de croissance soutenue risque de faire repartir l’inflation et la Fed n’a d’autre alternative pour l’empêcher que de poursuivre le relèvement de ses taux amorcé en juin dernier. Les valeurs de l’Internet sont au premier rang des baisses, mais leur sévère chute a provoqué une redistribution des placements qui se détournent d’elles pour retrouver les valeurs traditionnelles. Cela étant, et abstraction faite de la rechute du Nasdaq, l’indice Dow Jones des 30 vedettes industrielles est remonté d’un plus bas à 11 098,45 points à un plus haut à 11 313,37 points, avant d’afficher en préclôture 11 301,63 points, en hausse de 178,98 points sur la veille. Nouveau dérapage des Bourses européennes Les places boursières européennes avaient du mal à retrouver leur équilibre jeudi après le sale temps essuyé au cours des deux séances précédentes, déclenché par les ventes massives sur les valeurs technologiques. L’indice Euro Stoxx 50, qui reflète l’évolution des marchés de la zone euro, a accusé en fin de journée une perte de 0,74 %. Francfort a terminé la journée sur un repli de 0,42 %, Milan de 1,81 %, Amsterdam de 1,28 % et Londres de 1,36 %. À Paris, après une petite reprise en début de séance, le marché a très vite viré au rouge, abandonnant 0,54 % à la clôture. La Bourse de Paris accuse maintenant une perte de 8,5 % depuis le début de l’année, après avoir gagné 51,12 % en 1999. La Bourse suisse s’est en revanche nettement reprise avec une hausse de 1,38 %, tandis que Bruxelles gagnait modestement 0,1 %. La Bourse de Madrid était fermée en raison de la fête de l’Épiphanie. Le ministre de l’Économie et des Finances français Christian Sautter reste serein face à cette tempête boursière. Il estime qu’il n’y a «pas de quoi s’alarmer». La Bourse «vient de baisser dans des proportions qui n’ont rien de spectaculaire. Il faut mettre en comparaison ce qui s’est passé aujourd’hui et la hausse très forte qui s’est produite durant toute l’année 1999 et pas seulement en France, hausse qui était tirée par les valeurs de technologie», a-t-il expliqué. Le ministre français envisage encore de beaux jours pour les actions. «Il y a un fond solide à la prospérité boursière». «Elle s’appuie sur une croissance réelle, c’est-à-dire un développement de la production de richesse dans notre pays», a-t-il dit. Tokyo : nouvelle dégradation La Bourse de Tokyo a terminé de nouveau en recul jeudi, cédant 2 %, avec des valeurs technologiques en forte baisse dans le sillage de leurs homologues sur le marché américain, selon les opérateurs. L’indice Nikkei des valeurs vedettes, qui cédait 1 % à l’issue de la séance du matin, a chuté de 374,28 points en clôture à 18 168,27 points. L’indice élargi Topix a également perdu 42,25 points à 1 609,59. Le montant des transactions s’est élevé à 574 millions d’actions contre 553,1 millions la veille. Les investisseurs ont vendu sur le marché boursier nippon des actions high-tech après que le Nasdaq ait perdu mercredi soir à New York 24,15 points (-0,62 %) à 3 877,54 points au lendemain de son grand plongeon de mardi. Le Dow Jones Industrial s’était lui repris en gagnant à la clôture 124,72 points (+1,13 %) à 11 122,65 points. «La correction va durer cette semaine et la prochaine, et peut-être même la suivante», a estimé Toshio Sumitani, analyste à Tokyo Securities. Il a également considéré que cette correction était saine compte tenu de la forte hausse des valeurs high-tech en fin d’année. Selon les opérateurs, les ventes ont donc essentiellement portés sur les valeurs liées aux technologies de l’information, aux télécoms ainsi que celles des fabricants de matériel électronique. «En dépit de la reprise hier à Wall Street, la chute du Nasdaq a poussé à la vente et les investisseurs étrangers se sont débarrassés de valeurs comme Sony, NTT DoCoMo et Softbank», a indiqué Kazue Mayuzumi, analyste senior à Nikko Securities. «Les ventes n’ont pas cessé au cours de la séance de l’après-midi parce que les investisseurs redoutaient une nouvelle chute à Wall Street», a ajouté M. Mayuzumi.
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