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Actualités - Analyse

Sécurité Savoir regarder dans la bonne direction

Alors que les combats ont cessé dans la région de Denniyé, la population, encore sous le choc de ce début sanglant de l’année, continue de se poser des questions sur l’émergence de ces groupuscules d’insoumis sortis d’on ne sait où. Les Libanais n’en reviennent pas et ne veulent surtout pas admettre que les forces de sécurité, qu’on veut croire omniprésentes, aient pu mésestimer ou tout simplement ignorer l’existence d’un potentiel aussi explosif. Qui sont-ils, comment ont-ils émergé avec une telle soudaineté et à un moment aussi crucial que la reprise des pourparlers de paix ? De multiples réponses – quoique encore incertaines – semblent de plus en plus converger vers un thème principal : la déstabilisation coûte que coûte, et pas aux moindres frais. Et c’est la sécurité aux quatre coins de la nation qui se trouve aujourd’hui ébranlée, tant il est vrai que les foyers de «subversion» s’annoncent nombreux, si l’on prend en compte les derniers soubresauts dans les différents camps palestiniens. Aussi faudrait-il commencer par se poser quelques questions de bon sens et se demander comment les fondamentalistes de Denniyé – que l’on a vite rangés sous l’appellation d’al-Takfir wal Hijra – ont-ils pu rassembler un tel arsenal de guerre, s’infiltrer parmi les populations de la région sans que l’État libanais ne soit au courant de leur activisme ? Si l’on en croit l’effet de surprise, ce mouvement fut, pour l’armée, une véritable révélation un peu comme si, pour la première fois, celle-ci voyait sortir le diable de sa boîte. Une première explication serait à rechercher dans la nature même de ces mouvements, qui recrutent généralement leurs adeptes parmi les populations les plus déshéritées. S’étant soustraites de tout temps au contrôle de l’État, et ayant été en permanence privées de ses subventions, comme cela a d’ailleurs été le cas pour toute la région du Akkar, certaines régions du caza de Tripoli-Syr Denniyé sont devenues, au fil des temps, un véritable fief des laissés-pour-compte et un terrain de prédilection pour groupuscules et agrégats de mouvements divers aux confins idéologiques très flous. Ces derniers ont toutefois ceci de commun que tous jouent sur les sentiments religieux et se maintiennent par des actions caritatives – privation et pauvreté obligent. L’appellation d’al-Takfir wal-Hijra donnée au groupe de rebelles de Denniyé comprend non seulement plusieurs adeptes de ce mouvement (une organisation intégriste fondée en Égypte en 1971) mais également un cocktail détonant de sécessionnistes issus de mouvements sunnites extrémistes (la Jammaa islamiya, le Mouvement de l’unification islamique, Isbat al-ansar, Jund Allah, les mouvements wahabites, etc.). Le mouvement d’al-Takfir wal-Hijra proprement dit, fut fondé par Chukri Ahmad Moustapha, qui a été par la suite chassé de l’organisation des Frères musulmans pour son extrémisme et ses velléités de scission. Parmi leurs préceptes idéologiques, figurent leur refus du patrimoine intellectuel et religieux traditionnel et la lutte contre les frères musulmans accusés d’avoir «manqué à la justice et à leur propres préceptes». Les membres d’al-Takfir wal-Hijra se sont fixé pour objectif de lutter contre la «mécréance dans le monde arabe» à travers une guerre idéologique pour en arriver «à anéantir les nouveaux infidèles». Ils considèrent les gouvernants et la société dans sa globalité comme étant «impies» et refusent de travailler dans les institutions de l’État. Pour eux, le jihad est un moyen pour édifier un État islamique sur le modèle afghan. Ainsi, toute personne qui obéit à l’État mécréant (al-kafer) est elle-même un mécréant (d’où l’appellation de Takfir c’est-à-dire mécréance). Il s’agit pour eux de «déserter la société mécréante» (d’où le nom de Hijra) pour établir une puissante armée de libération, conquérir le pouvoir et proclamer la république islamique. Partant de là, et pour en revenir à cette nébuleuse dont est constitué le groupe de fondamentalistes sunnites qui a lancé l’attaque contre l’armée libanaise, il n’y aurait aucun doute qu’il s’agit là d’un groupe véritablement hétérogène, du moins dans ses origines et par certains aspects de ses croyances, avec toutefois plusieurs points communs, dont l’opposition au système en place. Mais encore, comment une structure aussi composite a-t-elle pu mener une action d’une telle envergure ? Qui l’appuie et par qui sa dernière action a-t-elle pu être commanditée ? Des questions auxquelles il est encore prématuré de répondre de façon tranchée. Quel qu’en soit le bénéficiaire, on ne peut qu’espérer qu’il ne s’agit pas une fois de plus d’un compromis fait aux dépens de l’avenir du Liban – et que l’État puisse retenir de cette leçon douloureuse que l’ennemi surgit de là où on l’attendait le moins. Alors que les barrages de sécurité étaient préoccupés à rendre la vie difficile à quelques jeunes Libanais inoffensifs, il aurait mieux fallu regarder plutôt vers les régions désertes où pullulaient des éléments dits «rebelles» et qui allaient donner du fil à retordre à nos soldats.
Alors que les combats ont cessé dans la région de Denniyé, la population, encore sous le choc de ce début sanglant de l’année, continue de se poser des questions sur l’émergence de ces groupuscules d’insoumis sortis d’on ne sait où. Les Libanais n’en reviennent pas et ne veulent surtout pas admettre que les forces de sécurité, qu’on veut croire omniprésentes, aient pu mésestimer ou tout simplement ignorer l’existence d’un potentiel aussi explosif. Qui sont-ils, comment ont-ils émergé avec une telle soudaineté et à un moment aussi crucial que la reprise des pourparlers de paix ? De multiples réponses – quoique encore incertaines – semblent de plus en plus converger vers un thème principal : la déstabilisation coûte que coûte, et pas aux moindres frais. Et c’est la sécurité aux quatre coins de la...