La prudence a continué de régner sur le marché des changes de Beyrouth, en attendant l’issue de la confrontation entre l’armée libanaise et les fondamentalistes sunnites dans la région de Denniyé. Dans ce contexte empreint de profondes appréhensions sur le plan de la sécurité dans le pays, l’offre du dollar s’est encore contractée ainsi que la demande qui n’a guère dépassé les besoins commerciaux urgents de la clientèle. Le maintien par la Banque du Liban (BDL) de sa fourchette d’intervention entre 1 501,00 et 1 514,00 LL a eu pour effet de faire clôturer le billet vert au même taux moyen indicatif de 1 507,50 LL, comme depuis le 9 septembre dernier, et de le faire négocier sur le marché interbancaire tout près de ce niveau. Il s’est, en effet, échangé durant toute la journée d’hier entre 1 506,00 et 1 508,00 LL, mais dans des volumes d’affaires très minces, ne dépassant pas au total quelque six millions de dollars, entièrement traités par les banques de la place à l’achat et à la vente dans un marché équilibré de lui-même. L’euro se maintient face au dollar et au yen À l’étranger, l’euro a poursuivi hier son redressement sur les marchés des changes internationaux grâce à la relative désaffection des investisseurs pour Wall Street et à la multiplication des signes de reprise économique en Europe. De fait, une fois le spectre du bogue passé, les opérateurs se sont reconcentrés sur les fondamentaux, après la publication d’une série impressionnante de bons indicateurs pour la zone euro (baisse du chômage, hausse des ventes de voitures en France, optimisme des directeurs d’achats en Allemagne, en France et en Italie). Donc, après s’être réfugiés dans la zone dollar en prévision d’un bogue éventuel, les opérateurs se sont rendu compte que la baisse de Wall Street a affaibli le dollar, remarquant aussi que les capitaux ont tendance à revenir en Europe. La monnaie unique européenne a également bénéficié hier d’une intervention massive de la Banque du Japon pour freiner la hausse du yen contre le dollar. «C’est la demande pour l’euro face au yen qui a poussé la monnaie européenne à la hausse face au dollar, après l’intervention de la Banque centrale japonaise», a-t-on observé dans les milieux cambistes. Cette intervention, à hauteur de 1 à 1,5 milliard de dollars selon les estimations, a fait franchir la monnaie européenne le seuil de 1,03 dollar pour la première fois depuis fin novembre dernier. Pourtant, la reprise de l’euro reste pour les analystes encore relative – le niveau de la monnaie européenne est encore inférieur de 12,5 % à celui du début de l’année 1999 contre le dollar et de 19 % contre le yen – ce qui donne à l’euro un potentiel d’appréciation en cas de confirmation de l’accélération de la croissance européenne dans les prochains mois. Cette perspective de reprise économique en Europe et la forte croissance des États-Unis ont en outre relancé des anticipations de hausse des taux d’intérêt dans un premier temps de l’autre côté de l’Atlantique. Un scénario qui a provoqué un bond des rendements des obligations américaines et une chute des prix de ces obligations et de Wall Street. Les opérateurs craignent d’ores et déjà un relèvement des taux de la Réserve fédérale (Fed) lors de la prochaine réunion de son comité de l’open market les 1er et 2 février. En revanche, ils estiment que la Banque centrale européenne, qui doit se réunir aujourd’hui, observera un statu quo monétaire mais parient sur une hausse rapide des taux de la Fed. Cela d’autant qu’ils apprenaient hier que les dépenses de la construction aux États-Unis auraient augmenté en novembre de 2,6 %, au lieu de 0,2 % comme attendu, contre 0,3 % en octobre, reflétant les tendances inflationnistes de l’économie américaine. C’est dans ce contexte, que le dollar s’est finalement négocié, à New York, à la baisse contre toutes les monnaies européennes et à la hausse face au yen, comme suit : – 1,0300 pour un euro contre 1,0260, la veille – 1,6380 pour un sterling contre 1,6375 – 1,8995 DM contre 1,9065 – 6,3700 FF contre 6,3950 – 1,5595 FS contre 1,5650 – 1 880,35 lires contre 1 887,65 – 103,15 yens contre 101,55. Bourse de Beyrouth : marché léthargique La Bourse de Beyrouth, toujours inquiétée par la situation intérieure dans le pays, a connu encore une fois hier une séance léthargique dans un marché stationnaire et dépourvu d’initiatives à l’achat et à la vente. En effet, l’activité de la cote s’est concentrée sur les actions de Solidere et de la Banque de Beyrouth, les seules ayant fait l’objet de négociation avec 3 150 titres qui ont changé de main d’une valeur globale de 24 569 dollars seulement. C’est ainsi que l’indice général Lispi de toutes les valeurs libanaises cotées s’est maintenu invariablement à 77,37 points, de même que l’indice partiel LIBX des valeurs bancaires à 177,81 points. Wall Street : en nette baisse Sur les places boursières internationales toujours déprimées, Wall Street a continué de battre en retraite sur des anticipations de relèvement des taux d’intérêt aux États-Unis. Sitôt les inquiétudes sur le bogue informatique du passage à l’an 2000 estompées, la cote américaine a été reprise par son vieux démon, l’inflation. Celle-ci reste inquiétante après l’annonce hier d’une augmentation de 2,6 % des dépenses de construction dans un contexte de forte croissance de 3,8 % et de faible taux de chômage de 4,1 %. De fait, le sentiment des marchés financiers américains, après la reconduction du mandat d’Alan Greenspan à la tête de la Fed, est que le cycle de croissance de l’économie va passer sans mal le cap des dix ans en février prochain mais à un rythme ralenti après le renchérissement du loyer de l’argent pour diminuer les pressions sur le marché de l’emploi et juguler les risques de reprise de l’inflation. C’est ainsi qu’après la remontée du rendement de l’obligation du Trésor américain à 30 ans jusqu’à 6,62 %, soit son plus haut niveau depuis deux ans, ce mouvement ne devait pas s’arrêter et il est appeler à se poursuivre. La décision du président Clinton de reconduire Alan Greenspan dans ses fonctions du président de la Fed a contribué à nourrir ce sentiment. Cela d’autant que M. Greenspan est perçu comme le principal artisan de la remarquable performance de l’économie américaine depuis 1990 grâce à un dosage subtil des taux d’intérêt permettant une croissance soutenue sans inflation. De plus, le lancement d’avertissements de plusieurs sociétés de la haute technologie sur leurs résultats financiers au quatrième trimestre, annonçant qu’ils seront moins bons qu’attendu par les analystes, a continué à peser sur la tendance. C’est ainsi que l’indice Dow Jones des 30 vedettes industrielles, dans le sillage du Nasdaq, a dû encore baisser. Il est retombé d’un plus haut à 11 350,06 points à un plus bas à 10 977,30 points, avant d’afficher en préclôture 11 027,40 points, portant ses pertes à 330,47 points sur la veille. Les Bourses européennes victimes d’un trou d’air Les Bourses européennes ont été victimes d’un trou d’air mardi après leur ascension spectaculaire au dernier trimestre 1999 que la trêve des confiseurs n’avait même pas réussi à ralentir. Les pertes se sont échelonnées entre 2,50 % et 4,50 % sur les places européennes. Certaines comme Francfort, Milan ou Paris avaient signé de nouveaux records absolus lundi matin, saluant ainsi le passage des marchés financiers à l’an 2000 sans bogue informatique. Amsterdam présentait la plus forte baisse, -4,55 %. Cette place avait été la seule à terminer la séance de lundi sur une hausse de 0,60 %. La Bourse de Londres qui était fermée lundi a abandonné 3,8 %. Zurich, également close lundi, a fini sur une perte de 3,99 %. Francfort, qui la veille en début de séance avait pour la première fois franchi le niveau des 7 000 points, a cédé 2,43 %. Milan a également reculé de 2,43 % et Madrid de 3,54 %. Paris, qui lundi avait ouvert pour la première fois au-dessus des 6 000 points, a terminé mardi sur une chute de 4,15 %, son plus vif repli depuis le 8 octobre 1998 (-4,45 %). L’indice Euro Stoxx 50, qui reflète l’évolution des places de la zone euro, perdait en fin de journée 3,7 %. De nombreux investisseurs avaient en fin d’année «gelé» leurs portefeuilles dans la crainte de subir les méfaits d’un éventuel bogue informatique. Délivrés de cette incertitude, ils ont décidé de dégager des bénéfices après les fortes hausses de fin d’année. Le passage à l’an 2000 sans bogue a également relancé les craintes d’un resserrement des politiques monétaires des Banques centrales. Ces dernières avaient notamment injecté des liquidités sur les marchés pour parer à tout bogue susceptible de provoquer une crise de liquidités, a noté un expert. Aujourd’hui, compte tenu des perspectives économiques très optimistes en Europe et aux États-Unis, les Banques centrales vont durcir leur politique monétaire afin de calmer toute surchauffe. Les analystes en sont convaincus. Tokyo : le Nikkei au-dessus des 19 000 points La Bourse de Tokyo a commencé l’année 2000 avec une hausse de 0,36 %, passant pour la première fois au-dessus des 19 000 points depuis vingt-huit mois grâce, notamment, à l’absence de problèmes liés au bogue. L’indice Nikkei des 225 valeurs a gagné 68,52 points pour terminer une séance écourtée après les congés du Nouvel An à 19 002,86. Il n’avait pas dépassé la barre de 19 000 points depuis le 21 août 1997. «Le marché a franchi l’obstacle en toute sécurité», a indiqué Hiroichi Nishi de Nikko Securities. «Cela permet aujourd’hui aux gens d’acheter tranquillement des actions». «Une fois établi que les problèmes informatiques étaient derrière nous, les investisseurs institutionnels ont assaini les positions qu’ils avaient prises pour faire face» aux risques relatifs au bogue, a estimé Tsuyoshi Segawa, directeur général du département actions à New Japan Securities. Le Nikkei avait même atteint 19 187,61 points juste après l’ouverture et avant que les investisseurs ne commencent à faire des prises de bénéfices, a indiqué Masaaki Higashida, courtier à Nomura Securities. «Les Banques centrales partout dans le monde ont fourni abondamment de fonds à la fin de l’année en prévision d’un éventuel bogue. Maintenant, elles vont retirer ces fonds et cela va amener inévitablement une correction», a-t-il ajouté. «Le marché ne peut pas soutenir la cadence des récentes flambées. Le retour prudent des investisseurs sur le marché après la trêve du Nouvel An devrait se manifester par des achats modérés», a estimé M. Tsuyoshi Segawa. La Bourse avait démarré sa séance 50 minutes plus tôt que prévu du fait des craintes sur d’éventuels dysfonctionnements informatiques. Mais «rien n’est arrivé», a indiqué un porte-parole du Tokyo Stock Exchange.
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