Le président russe par intérim Vladimir Poutine, favori pour succéder à Boris Eltsine sur le trône du Kremlin, a séduit les Russes par un style combinant la fermeté et la gouaille, l’arrogance dans les propos et la détermination dans l’action. «Lorsque le pouvoir fait preuve d’indécision, le peuple ne lui pardonne pas (...). Lorsque la paix civile est en danger, le gouvernement est obligé d’agir durement et efficacement», lance-t-il au début de la guerre de Tchétchénie, pour justifier une opération que ses compatriotes appellent de leurs vœux, après des attentats meurtriers en septembre attribués aux «terroristes tchétchènes». Par contraste avec un Boris Eltsine affaibli physiquement et incapable de réagir, Vladimir Poutine, à 47 ans, apparaît alors comme l’homme fort autour duquel les Russes peuvent se rassembler. Ce petit homme trapu, volontiers démagogue, n’hésite pas à déclarer que «tous les criminels sont des rats», ou que l’armée ira «buter les terroristes jusque dans les chiottes». Ce vocabulaire de corps de garde et cette volonté apparemment inflexible rassurent ses compatriotes. Et Poutine devient, en quelques semaines, le héros d’une «nouvelle idéologie d’État fondée sur le patriotisme (...) en faisant renaître chez ses concitoyens humiliés un sentiment de fierté nationale», selon un politologue moscovite. Sa méthode? Se poser en protecteur des Russes. Contre les «bandits» tchétchènes d’abord, mais aussi face aux critiques occidentales qui commencent à pleuvoir. «La Russie ne permettra pas qu’on lui parle le langage de la force et utilisera tous les leviers diplomatiques et militaro-politiques» pour l’empêcher, tempête-t-il, en rappelant que son pays est protégé par «un bouclier nucléaire». Faucon du conflit tchétchène, il prend également la défense des militaires et dément avec colère toutes les informations faisant état de lourdes pertes russes dans les combats. «C’est une bêtise totale, qui n’a aucun fondement», déclare-t-il le 22 décembre, alors que des journalistes affirment avoir vu les corps de plusieurs dizaines de soldats russes tués à Grozny. Puis, avec la moue qui le caractérise, il lâche sans sourciller : «Les victimes parmi la population civile peuvent se compter sur les doigts de la main (...), les déclarations indiquant qu’il y a beaucoup de victimes sont pure propagande et mensonge». Pour peaufiner son image, M. Poutine n’a pas hésité à mettre en avant ses qualités sportives et à braver le danger sur le front de Tchétchénie. Trois séquences, largement diffusées par les télévisions russes, ont enrichi sa légende naissante. Le 20 octobre d’abord, l’intrépide Premier ministre se rend dans la zone du conflit et survole durant dix minutes la région à bord d’un avion de chasse Soukhoï-25, assis dans le siège du copilote. Mi-décembre, quelques jours avant les élections législatives, la télévision le montre en action sur un tatami de judo. Poutine est ceinture noire. M. Poutine, explique complaisamment son entraîneur devant la caméra, «est un sportif doté d’une volonté inébranlable, qui atteint toujours son but et prend rapidement les décisions». Troisième image, enfin, vendredi soir. Nommé depuis quelques heures président par intérim, il renonce à passer le réveillon de l’an 2000 au grand bal du Bolchoï, où la loge présidentielle lui est réservée, et s’envole avec son épouse pour la Tchétchénie. Par défi, il se rend à Goudermes, une ville que les Tchétchènes ont menacée d’attaquer dans la nuit du 31 décembre. Vêtu d’un col roulé et d’un anorak, il décore plusieurs militaires et leur offre un grand couteau de chasse.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le président russe par intérim Vladimir Poutine, favori pour succéder à Boris Eltsine sur le trône du Kremlin, a séduit les Russes par un style combinant la fermeté et la gouaille, l’arrogance dans les propos et la détermination dans l’action. «Lorsque le pouvoir fait preuve d’indécision, le peuple ne lui pardonne pas (...). Lorsque la paix civile est en danger, le gouvernement est obligé d’agir durement et efficacement», lance-t-il au début de la guerre de Tchétchénie, pour justifier une opération que ses compatriotes appellent de leurs vœux, après des attentats meurtriers en septembre attribués aux «terroristes tchétchènes». Par contraste avec un Boris Eltsine affaibli physiquement et incapable de réagir, Vladimir Poutine, à 47 ans, apparaît alors comme l’homme fort autour duquel les Russes peuvent...