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Actualités - Chronologie

L'amnésie, ou la renaissance dans le vide ...

Poètes, dramaturges, cinéastes, romanciers ne cessent de faire l’éloge de l’oubli. Celui des souffrances endurées, des affres de l’amour, des tourments de la rancune, du supplice de la jalousie. Il s’agit, bien sûr, d’un oubli sélectif, d’un baume mis sur la plaie de la mémoire afin d’effacer une égratignure douloureuse portée comme une cicatrice. Mais lorsque subitement, au milieu d’une existence, on se trouve exilé totalement de son propre passé, de son entourage, vivant dans un vide total, entouré d’arcanes dont on n’arrive pas à pénétrer les mystères, il s’agit de la plus terrifiante des renaissances. Anouilh, par son «Voyageur sans bagages», a réussi à pénétrer dans la cour des grands dramaturges de son époque, mais tous ceux qui perdent subitement tout contact avec leur mémoire mesurent à leur dépens la tragédie de la perte d’une tranche capitale de leur vécu... Il est évident que c’est de l’amnésie en tant qu’infirmité et non pas d’oublis quotidiens auxquels tout le monde, à des degrés différents, se trouve soumis. Les neurologues classent les amnésies en organiques et en fonctionnelles, selon leur origine. Les premières sont inhérentes à des lésions cérébrales ayant endommagé les circuits de la mémoire. Elles sont décelées par scanner, IRM et, quelle que soit l’importance des lésions, le sujet conserve une partie de sa mémoire. Les pertes partielles sont, certes, inévitables, mais aujourd’hui elles peuvent être définies scientifiquement et traitées selon le cas. Pour les amnésies fonctionnelles, il n’existe pas de lésion du système nerveux. Leur origine est d’ordre psychologique. Dans la majorité des cas, elles sont provisoires. Mais il n’est pas rare qu’une amnésie d’origine organique (traumatisme crânien, accident vasculaire) déclenche un blocage et des perturbations psychologiques entravant la récupération (totale ou partielle) de la mémoire. L’amnésie totale : organique ou fonctionnelle ? L’origine de l’amnésie totale, généralement, est d’ordre psychologique. À la suite d’un choc émotionnel d’une très grande intensité, souvent suite à un traumatisme assez bénin mais ayant terriblement secoué le sujet, se croyant près de sa mort, ce dernier fait «inconsciemment» un écran sur sa vie précédente. C’est-à-dire sur tout ce qui a précédé ce traumatisme. Ce mécanisme existant chez toute personne a pour fonction de gérer et amortir les conséquences des émotions très vives inhérentes à la vie. Il arrive toutefois que la gravité de l’émotion vécue ne soit pas du tout proportionnelle à sa conséquence. Mais ceci ne peut être diagnostiqué puisque le processus ne laisse pas, contrairement à l’amnésie organique, des lésions perceptibles. Ce qui représente un risque de minimiser, dans certains cas, l’incident déclenchant et ses conséquences psychologiques. Quelle devrait être l’attitude de l’entourage face à la personne amnésique ? Le rôle actif, certes, revient au médecin traitant. Selon les symptômes présentés par le malade, c’est à lui de faire comprendre au sujet que ses troubles ne sont pas purement biologiques, dans le cas où il s’agit d’une amnésie telle que décrite plus haut, l’incitant à analyser les raisons psychologiques de son blocage. Les amnésies d’identité sont en principe traitées par des psychiatres ou des psychothérapeutes. Diverses méthodes existent mais l’objectif reste inchangeable : mettre en évidence la nature du conflit. Dans la majorité des cas, on parvient à une récupération progressive partielle sinon totale de la mémoire personnelle du sujet. Mais dans ce genre de troubles, chaque individu a un monde à part. Évolutions et résultats diffèrent d’une personne à l’autre. C’est en travaillant sur la dissociation entre ce qui a été gommé, perdu, et ce qui a été conservé que le médecin avance pour connaître la racine de l’amnésie et la traiter en fonction. Autant dire, parfois, chercher l’épingle dans une botte de foin...
Poètes, dramaturges, cinéastes, romanciers ne cessent de faire l’éloge de l’oubli. Celui des souffrances endurées, des affres de l’amour, des tourments de la rancune, du supplice de la jalousie. Il s’agit, bien sûr, d’un oubli sélectif, d’un baume mis sur la plaie de la mémoire afin d’effacer une égratignure douloureuse portée comme une cicatrice. Mais lorsque subitement, au milieu d’une existence, on se trouve exilé totalement de son propre passé, de son entourage, vivant dans un vide total, entouré d’arcanes dont on n’arrive pas à pénétrer les mystères, il s’agit de la plus terrifiante des renaissances. Anouilh, par son «Voyageur sans bagages», a réussi à pénétrer dans la cour des grands dramaturges de son époque, mais tous ceux qui perdent subitement tout contact avec leur mémoire...