Tarek sort du taxi, lève les bras au ciel et s’exclame : «C’est impossible, on ne peut pas passer !» Les deux policiers palestiniens qui gardent le terminal d’Erez, le principal point de passage entre Israël et la bande de Gaza, viennent de l’informer que la sortie de la bande de Gaza est toujours interdite aux Palestiniens. «Je veux aller chercher mon camion, j’ai un chargement de légumes qui attend juste de l’autre côté», dit Tarek en désignant le poste israélien, distant de quelques centaines de mètres. Cette route déserte à double voie bordée de hauts murs, de barbelés et de fortins de l’armée israélienne lui est interdite, comme à tous les autres habitants de la bande autonome, depuis le 6 octobre, lorsque le gouvernement israélien a décidé, au plus fort des affrontements avec les manifestants palestiniens, le bouclage total des territoires. La levée de cette mesure est l’une des exigences du président palestinien Yasser Arafat au sommet de Charm el-Cheikh. Tarek discute avec trois autres chauffeurs de camions qui ont tenté, avant lui, de passer et qui se sont assis à même le sol, l’air accablé. Depuis vendredi, ils viennent tous les jours dans l’espoir de passer. «Les juifs nous haïssent», soupire Tarek. Le bouclage, qui s’est transformé en un véritable blocus, a pour but d’empêcher tout Palestinien de pénétrer en Israël. «En décrétant le bouclage, Israël a demandé aux Palestiniens de Gaza de rentrer chez eux. Lorsque les soldats contrôlent un Palestinien, si sa carte d’identité indique qu’il réside à Gaza, ils le renvoient ici», explique un journaliste palestinien, qui a requis l’anonymat. Le passage est également bloqué à Rafah, le point de passage entre la bande de Gaza et l’Égypte. Cette mesure draconienne commence à avoir des effets sur la vie quotidienne des résidents de la bande, surtout ceux qui ont l’habitude d’aller travailler quotidiennement en Israël. Ils sont officiellement quelque 25 000 habitants de Gaza à aller gagner leur vie en Israël, pour l’essentiel dans les fermes, le bâtiment et l’industrie, selon les chiffres fournis par le ministère palestinien du Travail. Ces estimations n’incluent pas quelque 15 000 personnes originaires de Gaza qui travaillent au noir en Israël. Leur salaire moyen est de 120 shekels par jour, environ quatre dollars américains. «Ils partent très tôt le matin et reviennent tard, car ils ne sont pas autorisés à dormir en Israël», raconte Ismaïn, un chauffeur de taxi qui attend à Erez. De plus, le million de résidents palestiniens de Gaza dépend beaucoup d’Israël pour ses approvisionnements, notamment en nourriture. La situation n’est pas critique pour l’instant. «Nous avons des stocks de farine, mais si le bouclage dure un mois, ce sera terrible», explique le journaliste. De même, aucun bateau de pêche ne peut sortir du port de Gaza, les eaux leur étant interdites par la marine israélienne. Les médicaments ne posent pas encore problème. «Pour l’instant, nous n’avons pas de pénurie, mais il ne faut pas que ça dure trop», explique le Dr Faïz Hinaoui, chirurgien de l’hôpital al-Chifa, le plus grand de Gaza. L’établissement soigne de jeunes garçons blessés au cours du soulèvement, mais aussi de simples civils. Parmi eux, explique le docteur, deux blessés graves attendent un feu vert d’Israël pour être transportés hors de la bande autonome. Gaza dépend aussi d’Israël pour son approvisionnement en eau et en électricité. «Nous sommes en état de siège, dans une vraie prison. Tout le territoire est entouré d’une clôture électrique. Même la presse est interdite ! Vous vous rendez compte, depuis cinq jours, nous ne recevons plus de journaux !», lance, furieux, le journaliste palestinien.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Tarek sort du taxi, lève les bras au ciel et s’exclame : «C’est impossible, on ne peut pas passer !» Les deux policiers palestiniens qui gardent le terminal d’Erez, le principal point de passage entre Israël et la bande de Gaza, viennent de l’informer que la sortie de la bande de Gaza est toujours interdite aux Palestiniens. «Je veux aller chercher mon camion, j’ai un chargement de légumes qui attend juste de l’autre côté», dit Tarek en désignant le poste israélien, distant de quelques centaines de mètres. Cette route déserte à double voie bordée de hauts murs, de barbelés et de fortins de l’armée israélienne lui est interdite, comme à tous les autres habitants de la bande autonome, depuis le 6 octobre, lorsque le gouvernement israélien a décidé, au plus fort des affrontements avec les manifestants...