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Actualités - Chronologie

Illustre inconnu d’une cité de Bagnolet

Des coursives balayées par un vent glacial, le hall d’entrée puis l’ascenseur de droite pour les étages pairs. Au 18e étage d’une HLM qui en compte 30, au cœur d’une cité de Bagnolet (Seine-Saint-Denis) bordée par le périphérique, vit en toute discrétion le nouveau prix Nobel de littérature. L’homme qui ouvre la porte d’entrée est habillé de façon décontractée: sweatshirt, jeans vert bouteille et pantoufles bleues. Une heure auparavant, un coup de fil de Suède faisait de lui un Nobel de littérature, «une grande surprise à laquelle on ne peut s’attendre». Gao Xingjian, fluet, légèrement voûté, et dont les tempes à peines grisonnantes ne laissent en rien deviner ses soixante ans, présente du bout des lèvres son «amie» qui disparaît presque aussitôt dans une chambre, avant de reprendre le fil d’une séance photo. Le téléphone de la maison sonne sans discontinuer : Gao Xingjian ne l’entend plus depuis une heure et remplit consciencieusement une dizaine de verres de vin de Bordeaux, enjoignant les journalistes présents à «trinquer» avec lui. Son calme étonne. Il se plie volontiers aux exigences de photographes qui le font poser devant une de ses toiles à l’encre de Chine, intitulée L’éternel, répond sans rechigner aux questions des reporters mais laisse à peine paraître sa joie. «Depuis mon enfance, j’écris, j’ai pris cette manie d’écrire tout le temps. Cela a causé mes souffrances et mes malheurs en Chine mais vraiment, je n’arrive pas à m’arrêter. Même dans la période la plus dure en Chine, j’ai continué à écrire en cachette, sans penser à être publié un jour. C’est pourquoi je n’attends rien», explique-t-il. Ce prix, c’est «une récompense de mon attitude si sérieuse et si sincère pour la littérature», ajoute-t-il. « On a un nobélisé dans l’immeuble! » «Sérieux», «sincère», «poli», «discret» : dans la tour numéro 4 de la rue de la Noue, les voisins du nouveau prix Nobel reprennent à leur compte les propres qualificatifs de l’écrivain pour le décrire. Yacinthe, le gardien de l’immeuble s’étonne du nombre inhabituel de visiteurs pour un seul habitant de la Tour. «C’est qu’un des habitants vient d’être nommé prix Nobel de littérature», lui apprend-on. «Quoi, on a un nobélisé dans l’immeuble!», s’exclame-t-il, les yeux écarquillés en entendant le nom de l’illustre occupant. «C’est Gao!. Ah, c’est un type sympa, très calme, très poli mais je ne savais même pas qu’il faisait de la littérature», ajoute le gardien, en écho à la femme de ménage du 18e étage qui glisse dans l’ascenseur: «Je savais qu’il faisait de la peinture. Je l’avais lu dans le journal de Bagnolet. Mais de la littérature, il ne me l’avait pas dit». Outre la tranquillité d’esprit et l’anonymat que l’écrivain français de langue chinoise est venu chercher dans cette tour après avoir habité à la Bastille, puis Porte des Lilas, la proximité de Paris explique son installation dans cette cité. «C’est la vue. Cette vue m’a décidé immédiatement à acheter cet appartement», explique-t-il en désignant d’un geste furtif les toits de Paris et au loin la tour Eiffel. «Tous les jours, à cette hauteur-là, il y a le coucher du soleil. Le temps change et la lumière avec». «J’aime Paris. Je trouve que c’est la ville la meilleure pour vivre en tant qu’artiste (...). Paris m’inspire. Mon prochain roman doit être sur Paris», conclut le prix Nobel avant de reprendre une gorgée de vin et de déplorer être le seul à boire.
Des coursives balayées par un vent glacial, le hall d’entrée puis l’ascenseur de droite pour les étages pairs. Au 18e étage d’une HLM qui en compte 30, au cœur d’une cité de Bagnolet (Seine-Saint-Denis) bordée par le périphérique, vit en toute discrétion le nouveau prix Nobel de littérature. L’homme qui ouvre la porte d’entrée est habillé de façon décontractée: sweatshirt, jeans vert bouteille et pantoufles bleues. Une heure auparavant, un coup de fil de Suède faisait de lui un Nobel de littérature, «une grande surprise à laquelle on ne peut s’attendre». Gao Xingjian, fluet, légèrement voûté, et dont les tempes à peines grisonnantes ne laissent en rien deviner ses soixante ans, présente du bout des lèvres son «amie» qui disparaît presque aussitôt dans une chambre, avant de reprendre le fil...