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Actualités - Chronologie

Un Premier ministre pugnace

Le Premier ministre du Canada, Jean Chrétien, a été élu pour la première fois au Parlement en 1963 grâce à un mélange de cran et de franc-parler, mais en ayant aussi recouru d’abondance au dénigrement de ses adversaires. Près de 40 ans plus tard, il reste fidèle à cette formule pour tenter de gagner sa douzième et sans doute sa dernière élection. Il tentera également de devenir le premier dirigeant canadien depuis la Seconde Guerre mondiale à remporter trois majorités parlementaires consécutives. Batailleur depuis sa jeunesse, il aime par-dessus tout les combats politiques. Durant la campagne électorale, il a dû répondre à des accusations d’arrogance et de favoritisme et lutter pour prouver que l’heure de son départ n’avait pas encore sonné, mais il s’est aussi plu à diaboliser l’Alliance canadienne, son principal adversaire politique. «Chrétien n’a jamais eu un énorme charisme, mais il possède une qualité essentielle au leadership. Il a de la détermination», écrit son biographe, le journaliste Lawrence Martin. Issu d’une famille de la classe ouvrière québécoise de Shawinigan, ville dominée par l’industrie des pâtes et papiers, 18e enfant sur dix-neuf, il s’est élevé au rang de Premier ministre après avoir surmonté plusieurs obstacles financiers et physiques. Sourd d’une oreille, il a été victime de la maladie de Bell qui a laissé une partie de son visage paralysée. Son père machiniste était un militant passionné – «c’était son sport», se rappelait Chrétien la semaine dernière – et déterminé à ce qu’un de ses fils au moins entre en politique. Ce fut Jean qui, vers 12 ou 13 ans, installait les chaises et distribuait les tracts dans les réunions politiques et qui, à 15 ans, débattait de sujets publics dans les salles de billard. «Je voulais être architecte. Mais il a dit : Non, Jean, architecte tu ne serais pas élu. Il faut que tu deviennes avocat», racontait M. Chrétien à des élèves du secondaire en Nouvelle-Écosse. Il entre au Parlement à 29 ans, encore mal dégrossi et à peine capable de parler anglais, mais son ambition, combinée à des attaques sévères contre les souverainistes québécois, lui vaudra un poste de ministre à 33 ans – ce qui fait de lui le plus jeune membre du Cabinet canadien du siècle. Après une tentative infructueuse pour prendre la direction du Parti libéral en 1984, il réussit en 1990 et devient Premier ministre du Canada en 1993, à certains égards par défaut. Le petit gars de Shawinigan M. Chrétien a cultivé l’image du «petit gars» effacé de Shawinigan, évoquant souvent les «riches et ceux d’entre nous qui ne le sont pas», bien qu’il soit lui-même millionnaire. Mais, peu à peu, on se met à le considérer comme un personnage arrogant et hautain, très sensible aux avantages attachés à sa position, faisant preuve de népotisme tout comme ses prédécesseurs et menant son «caucus» libéral d’une main de fer. On se retrouve isolé. Aucun doute là-dessus, a-t-il dit durant la campagne. «On n’a plus beaucoup de temps pour aller boire une bière avec ses camarades. Ce genre de choses, ça devient du passé, malheureusement». À 66 ans, Chrétien a dû accepter la comparaison avec le chef de l’Alliance canadienne, Stockwell Day, âgé de 50 ans. Bien qu’encore svelte, Chrétien n’en semble pas moins appartenir à la génération précédente. Il ne craint pas de faire l’apologie d’un gouvernement militant et se réjouit des excédents budgétaires enregistrés ces dernières années, qui lui ont permis de vanter les programmes gouvernementaux après avoir imposé des coupes dans les dépenses publiques. Certains jugent son langage mal dégrossi ; les moins charitables diraient qu’il mélange les deux langues, le français et l’anglais. Mais si l’on parle de la défense d’un Canada uni, personne n’entretient de doute sur la sincérité de sa passion quand il déclare avec fierté : «Je suis québécois, je suis francophone, je suis canadien». La seule perspective réaliste pour lui est de rester Premier ministre, à la tête d’un gouvernement majoritaire ou minoritaire. Mais quel que soit le résultat des élections, il se peut que ses jours soient comptés. Chrétien a déclaré durant la campagne qu’il n’excluait pas de se retirer après deux ou trois ans, et le camp de son ministre des Finances Paul Martin s’emploiera à le lui rappeler.
Le Premier ministre du Canada, Jean Chrétien, a été élu pour la première fois au Parlement en 1963 grâce à un mélange de cran et de franc-parler, mais en ayant aussi recouru d’abondance au dénigrement de ses adversaires. Près de 40 ans plus tard, il reste fidèle à cette formule pour tenter de gagner sa douzième et sans doute sa dernière élection. Il tentera également de devenir le premier dirigeant canadien depuis la Seconde Guerre mondiale à remporter trois majorités parlementaires consécutives. Batailleur depuis sa jeunesse, il aime par-dessus tout les combats politiques. Durant la campagne électorale, il a dû répondre à des accusations d’arrogance et de favoritisme et lutter pour prouver que l’heure de son départ n’avait pas encore sonné, mais il s’est aussi plu à diaboliser l’Alliance canadienne,...