Plus de deux semaines après le scrutin présidentiel, les Américains, toujours sans président élu, usent et abusent de l’humour pour ne pas céder à la morosité, alors que la bataille judiciaire n’en finit pas entre républicains et démocrates. Ted Beauvais, un fonctionnaire de Virginie, juge que les États-Unis souffrent d’«electus interruptus». Susan Long, professeur d’université dans la banlieue de Washington, parle d’un système politique frappé de «Chadnobyl» (référence aux petits trous des cartes perforées des bulletins de vote et à la catastrophe de Tchernobyl). Tous deux figurent parmi les finalistes d’un concours organisé par le quotidien Washington Post autour de la description la plus cinglante et drôle de la bataille postélectorale entre le républicain George W. Bush et le démocrate Al Gore. Il faut dire que pour les humoristes, professionnels ou amateurs, le climat surréaliste entourant l’élection américaine est du pain bénit. «Al Gore répète sans cesse que la volonté du peuple est bafouée. Mais ni Bush ni Gore ne sont élus : ne serait-ce pas la volonté du peuple cela ?», a ironisé David Letterman, présentateur d’une émission comique sur CBS. Son concurrent sur la chaîne NBC, Jay Leno, s’est attaqué au mode d’élection des présidents américains, qui ne sont pas élus au suffrage universel direct mais par un collège électoral censé suivre la volonté populaire. Ce système peut, dans de rares cas, conduire à la présidence un candidat qui n’a pas la majorité des voix dans le pays. «Donc, le type qui a le moins de voix gagne», s’est moqué Jay Leno. «N’est-ce pas ce que Slobodan Milosevic a cherché à faire en Yougoslavie ?», Bill Maher, présentateur de «Politically Incorrect», sur ABC, profite lui de la mauvaise réputation de George W. Bush quant à la maîtrise des dossiers, déjà largement exploitée par les humoristes pendant la campagne. «L’Amérique est plongée dans la confusion (...) je suppose que l’ère Bush a donc commencé», a-t-il dit. Certains journaux ont imprimé un faux message de la reine d’Angleterre Élisabeth II, qui a également circulé sur l’Internet, révoquant l’indépendance américaine pour «incapacité des États-Unis à élire un président» et «par extension à diriger le monde libre». Dans ce texte, la reine établit également les règles découlant de cette révocation d’indépendance, comme la conduite désormais à gauche. À en croire les Américains, l’éventail des solutions pour résoudre l’imbroglio politico-électoral est large. Un auditeur de la radio publique américaine, National Public Radio, a ainsi estimé que les deux candidats, s’ils sont de vrais gentlemen, devraient résoudre leur dispute par un duel, à la mode au XVIIIe siècle. David Letterman a proposé de son côté que Bush dirige les États en rouge (ayant voté pour le républicain) sur la carte des États-Unis et Gore les États en bleu. «Voilà, c’est fini !», a-t-il ensuite crié, fier de lui.
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