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Actualités - Communiques Et Declarations

Une pression psychologique difficile à soutenir pour les habitants de Gaza

Saher Saïd al-Adjel, 50 ans, est épuisé. Terré au rez-de-chaussée de sa maison de Karni, point de passage entre Israël et la bande de Gaza, il ne dort plus, pétrifié par les tirs qui claquent chaque nuit et ont déjà laissé une vingtaine d’impacts sur sa façade. Pourtant, il reste : M. al-Adjel a peur que sa maison, située à une centaine de mètres d’un lieu d’affrontements quasi quotidiens entre Israéliens et Palestiniens, soit rasée par l’armée israélienne, comme l’ont déjà été nombre d’autres habitations depuis quelques semaines. Les échanges de tirs, notamment près des colonies juives, les arbres arrachés et les habitations détruites, sans parler des bombardements, sont à Gaza autant de sources d’angoisse croissantes. Hier encore, tout le territoire attendait de connaître la réponse du gouvernement israélien à l’attentat à la voiture piégée de la veille à Hadera, qui a fait deux morts et plus de 50 blessés. Cette situation a poussé une ONG palestinienne à mettre en place lundi une ligne d’écoute téléphonique anonyme et gratuite, ouverte douze heures par jour. «On est à un niveau de stress jamais atteint. Il faut renforcer la prévention afin que les gens ne tombent pas dans la maladie», explique Hassan Ziada, psychologue et directeur médical du Programme de santé mentale de Gaza, créé en 1990 et à l’origine de cette ligne d’urgence. «Dans notre société, c’est encore mal vu de venir consulter. Le téléphone facilitera peut-être la tâche», poursuit-il. Certains souffrent de réminiscences de la première intifada. «Dès que je sors de chez moi, j’ai des hallucinations, je vois des colons ou des soldats israéliens, je crois qu’ils viennent me tuer», raconte sur la «hot line» un jeune homme qui explique avoir été battu, à 14 ans, par un soldat israélien lors du premier soulèvement, celui des années 1987 à 1993. Médecins sans frontières (MSF), qui vient de monter une équipe mobile de soutien psychologique, raconte l’histoire d’un vieil homme prostré sur son canapé. Objet il y a dix ans d’un contrôle israélien musclé, il était à l’époque resté deux heures dans la nuit noire, tout près de la colonie de Netzarim, raconte Christine Marcilly, une responsable de MSF, qui cite les difficultés de concentration, les palpitations, les dépressions parfois. Pourtant, cette seconde intifada est bien différente de la première, explique M. Ziada. «Psychologiquement, elle est pire. La peur est partout», dit-il. «Avant l’autonomie, c’était clair, les Israéliens étaient là, en ville. Aujourd’hui, l’ennemi est devenu invisible, on s’imagine en permanence qu’il va attaquer». Les raids aériens, une nouveauté, n’ont rien arrangé. «Si jeudi Ehud Barak décide de bombarder, les gens, comme lundi, n’en sauront rien jusqu’au dernier moment. Ce n’est pas vivable», ajoute M. Ziada. Dans le camp de réfugiés de Chatti, Ramla al-Hassani montre ce qui reste de sa modeste maison, décapitée lundi soir par un missile. La famille se trouvait dans une petite pièce annexe. Trois des garçons ont été légèrement blessés. «Depuis, le petit, qui a 6 ans, ne veut plus sortir de mes jupes, il ne peut plus aller aux toilettes seul. Moi-même, je garde les yeux ouverts toute la nuit, je tends l’oreille, j’attends», dit-elle. La ligne d’urgence, qui reçoit jusqu’à présent un à deux appels par heure, entend aussi beaucoup de parents désemparés. «Il y a ce père qui, essayant de rassurer sa fille de 4 ans paniquée, l’entend répondre : “ Mais papa, Mohamed al-Dourra il était avec son père, et il est mort quand même ”», rapporte M. Ziada. Mohamed al-Dourra est le petit garçon de 12 ans tué par l’armée israélienne dont la mort dans les bras de son père, filmée par une caméra de télévision, a bouleversé le monde entier.
Saher Saïd al-Adjel, 50 ans, est épuisé. Terré au rez-de-chaussée de sa maison de Karni, point de passage entre Israël et la bande de Gaza, il ne dort plus, pétrifié par les tirs qui claquent chaque nuit et ont déjà laissé une vingtaine d’impacts sur sa façade. Pourtant, il reste : M. al-Adjel a peur que sa maison, située à une centaine de mètres d’un lieu d’affrontements quasi quotidiens entre Israéliens et Palestiniens, soit rasée par l’armée israélienne, comme l’ont déjà été nombre d’autres habitations depuis quelques semaines. Les échanges de tirs, notamment près des colonies juives, les arbres arrachés et les habitations détruites, sans parler des bombardements, sont à Gaza autant de sources d’angoisse croissantes. Hier encore, tout le territoire attendait de connaître la réponse du...