L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a publié à La Haye des prévisions alarmantes sur la croissance des émissions de dioxyde de carbone (CO2) dues aux énergies fossiles dans l’atmosphère d’ici à 2020. Dans son rapport «World Energy Outlook» pour 2000, présenté en marge de la conférence, l’AIE prévoit une hausse des émissions de CO2 de 60 % entre 1997 et 2020, en dépit des mesures déjà annoncées par les pays de l’OCDE pour combattre le réchauffement planétaire, qui sont intégrées dans ce «scénario de référence». Cette croissance de 2,1 % par an en moyenne des émissions de CO2 est plus forte que la croissance de la demande énergétique mondiale (2 % en moyenne par an) et plus rapide que pendant les 30 dernières années, relève l’AIE. La demande d’énergie reposera encore pour 90 % sur les énergies fossiles les plus polluantes en 2020 (charbon, pétrole, gaz). Le protocole de Kyoto, conclu il y a trois ans et dont l’application est discutée à La Haye, prévoit une réduction globale de 5,2 % des émissions des pays développés à l’horizon 2008-2010 par rapport à leur niveau de 1990. Selon l’AIE, en 2010 les pays ouest-européens seront en fait 18 % au-dessus de leurs objectifs de Kyoto, l’Amérique du Nord dépassera ses engagements de 42 % et les pays développés de la zone Pacifique (Japon, Australie, Nouvelle-Zélande) de 29 %. «Ces projections montrent combien il reste à faire dans le secteur de l’énergie pour parvenir aux objectifs fixés aux pays développés dans le protocole de Kyoto», souligne l’AIE, un organisme qui dépend de l’Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE). Cette envolée des émissions de CO2 sera imputable pour les 2/3 aux pays en développement en 2020, relève l’AIE. Les pays en développement seront alors responsables de la moitié du total des émissions de CO2 contre 38 % en 1997. Dans le même temps, la part des pays de l’OCDE décroîtra de 51 % des émissions en 97 à 40 % en 2020. Les économies en transition émettront en 2020 10 % du total contre 11 % en 1997. Pessimiste dans son scénario «de référence», l’AIE propose trois voies alternatives à cette dérive inquiétante pour le climat. Dans une première voie, elle estime qu’un marché de permis d’émissions serait efficace au prix de 32 dollars la tonne de CO2, et permettrait aux pays développés de remplir leurs engagements de Kyoto à un coût inférieur de 29 à 63 %. Le scénario dit «des transports» estime qu’avec des améliorations technologiques et des mesures volontaristes, comme la taxation des carburants, le recours accru au rail et le développement des transports en commun, on pourrait stabiliser les émissions de CO2 provenant des transports en 2010. Le troisième scénario explore l’impact d’une réduction d’émissions du secteur de production d’électricité. Un basculement du charbon vers le gaz entraînerait une baisse d’émissions de CO2 de 1,7 % en 2010. Allonger la durée de vie des centrales nucléaires permettrait de réduire les émissions de 2,3 %, et un recours accru aux énergies renouvelables diminuerait les émissions de 3,2 %.
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