Des Balkans à Taïwan, du projet de défense antimissile au commerce international, le candidat démocrate Al Gore et son rival républicain George W. Bush ont des visions différentes du rôle des États-Unis, première puissance dans le monde. Les années passées à la Maison-Blanche du vice-président Al Gore lui ont indubitablement donné une expérience internationale que n’a pas le candidat républicain, qui a très peu voyagé hors du territoire américain, à l’exception du Mexique. Le vice-président est favorable à une participation des troupes américaines dans des opérations de gestion de crise, comme en Bosnie et au Kosovo. Son rival critique l’Administration Clinton/Gore de déployer trop fréquemment des troupes hors des États-Unis, limitant leur potentiel en cas d’intervention pour sauvegarder les intérêts vitaux du pays. Bush a inquiété les alliés européens de Washington au sein de l’Otan en évoquant un retrait militaire américain des Balkans où les États-Unis déploient 11 400 hommes. Il a semblé ensuite faire machine arrière en assurant que rien ne serait fait unilatéralement sans consultation préalable, dans l’hypothèse où il deviendrait le prochain président américain. Pour ce qui est de la protection de Taïwan face à la Chine, Bush est favorable pour donner à Taipei des garanties de protection militaire en cas d’une tentative chinoise d’unifier par la force l’île au continent. Gore est opposé à l’établissement de liens plus étroits entre son pays et Taïwan. Les deux hommes sont d’accord sur la nécessité d’attribuer davantage de crédits à la défense. Le candidat démocrate envisage d’augmenter le budget des militaires de 100 milliards de dollars sur les dix ans à venir, le candidat républicain prévoyant 45 milliards de plus. Le projet de défense antimissile constitue un autre sujet de divergence. Gore, partageant la position de Bill Clinton, est pour un système antimissile terrestre limité, d’un coût de 60 milliards, qui ne mettrait pas en cause les grands traités internationaux de désarmement conclus avec les Russes. Bush préconise un système beaucoup plus étendu, (terrestre, naval et dans l’espace), qui assurerait non seulement la sécurité des États-Unis mais également celle de leurs alliés, tels le Japon, la Corée du Sud, Israël et les Européens. Tous deux affirment être en faveur du libre commerce, mais Gore souhaite que la protection des travailleurs et l’environnement soient des questions incontournables dans toute négociation internationale. Bush y est opposé. Gore soutient le protocole de Kyoto sur la limitation des gaz à effet de serre, son rival non. Sur le Proche-Orient, les deux candidats proclament leur soutien à Israël tout en estimant que Washington devrait jouer le rôle de «courtier honnête» dans le processus de paix. Mais dans cette région du monde, les deux hommes divergent quand il s’agit de transférer l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem, Bush y étant favorable alors que Gore refuse une telle démarche tant que les négociations de paix n’ont pas abouti. Le candidat républicain est opposé à de nouveaux prêts du Fonds monétaire international (FMI) à la Russie par crainte que ces fonds ne soient détournés, tandis que le candidat démocrate soutient qu’il faut continuer à aider financièrement la Russie à entreprendre des réformes. Gore pense que les États-Unis doivent régler leurs dettes à l’Onu alors que son rival n’est prêt à le faire que si l’organisation est réformée et la contribution américaine réduite. Les deux candidats sont enfin d’accord pour poursuivre la lutte contre le président irakien Saddam Hussein.
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