Richard Virenque n’a pas levé les bras au ciel mais il a remporté une première bataille judiciaire en entendant le procureur de la République de Lille requérir la relaxe en sa faveur dans le procès Festina. Gérald Vinsonneau, premier procureur adjoint au tribunal de Lille, a estimé qu’aucune charge ne pesait contre le champion varois. Selon lui, rien dans le dossier n’atteste que Virenque fut le complice de l’instauration d’un dopage organisé et généralisé, sous surveillance médicale, chez Festina. Déjà, au cours de l’instruction menée par le juge Patrick Keil, Gérald Vinsonneau s’était opposé au renvoi du cycliste devant le tribunal correctionnel de Lille. Car, si le quintuple meilleur grimpeur du Tour de France a reconnu le 27 octobre, après deux ans de mensonge, s’être dopé, le code pénal ne prévoit pas de poursuites contre les sportifs qui se dopent. Il sanctionne seulement les instigateurs et les complices des filières de dopage. Dans un réquisitoire précis et détaillé d’un peu plus d’une heure, Gérald Vinsonneau a refait l’historique de l’affaire depuis le 8 juillet 1998, quand Willy Voet, ancien soigneur de Festina, fut interpellé par des douaniers sur une petite route de campagne près de la frontière franco-belge, alors qu’il convoyait une cargaison de produits dopants vers Dublin, où devait être donné le départ du Tour de France. Contre Willy Voet, le représentant du ministère public a réclamé 14 mois de prison avec sursis et 20 000 francs d’amende. Il a eu la main plus lourde à l’encontre de Bruno Roussel, ancien directeur sportif chez Festina, en proposant au tribunal de la condamner à 18 mois de prison avec sursis et à 50 000 francs d’amende. Bruno Roussel fut pourtant le premier, en pleine «Grande boucle» 98, à reconnaître que les coureurs de la formation andorrane «prenaient des substances illicites sous surveillance médicale pour éviter le développement d’un approvisionnement personnel et sauvage». Après ces révélations, perquisitions et arrestations s’étaient alors succédés au fil des étapes du Tour de France, le peloton mettant même à pied à terre pour protester contre les méthodes policières. Gérald Vinsonneau a dénoncé «ce système, dans lequel les coureurs ressemblaient à des éprouvettes humaines pour assurer le spectacle». «Le cycliste n’est pas libre de se doper, c’est faux. Le phénomène n’était pas limité à Festina mais, chez Festina, nous avons eu affaire à un système bien huilé, presque une entreprise avec son département scientifique», a-t-il déploré. Déjà Anquetil, Coppi, Merckx Puis il a lu une vingtaine de lettres émanant de cyclistes professionnels qui ont admis ne pas avoir gagné des courses à l’eau claire. «Fausto Coppi, en 1960, affirmait que “tous les coureurs prenaient la bomba”. Jacques Anquetil, en 1967, racontait qu’il “fallait être un imbécile ou un idiot pour croire que personne ne se dope”. Et, en 1988, Eddy Merckx déclarait que tous les coureurs ont toujours été chargés aux amphétamines, à la cortisone puis aux anabolisants», a-t-il rappelé. Contre les six autres prévenus, le procureur a requis de légères peines de prison, toujours assorties d’un sursis total. Les peines s’échelonnent de deux mois à un an, et les amendes de 10 à 20 000 francs. Tous ont bénéficié, et c’est un paradoxe, de la généralisation du dopage dans le cyclisme. Le président Daniel Delegove l’a répété lors de l’audience: «Je cherche à définir le contexte pour mieux graduer les responsabilités des prévenus. S’ils étaient les seuls dans un milieu, c’est plus grave. En revanche, si le système était institutionnalisé, ça atténue leurs responsabilités». Or, les débats ont apporté la confirmation que le dopage n’avait pas atteint uniquement Festina mais affectait la plupart des équipes cyclistes. À partir de là, un an de prison avec sursis a été requis contre Joseph d’Hont, ancien soigneur de la Française des jeux, et Joël Chabiron, ancien agent de communication chez Festina. Les autres peines requises : huit mois contre l’ancien stagiaire masseur de Festina Jean Dalibot, six mois contre une pharmacienne de Veynes (Hautes-Alpes), Christine Paranier, qui avait délivré des produits dopants sans ordonnance à Willy Voet, quatre mois contre son époux comptable, Éric Paranier. Enfin, deux mois ont été demandés contre Nicolas Terrados, médecin de l’équipe espagnole Once. Le procès se poursuit jusqu’à mardi avec les plaidoiries de la défense. Le tribunal doit ensuite se retirer pour délibérer. Le jugement est attendu avant la fin de l’année.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Richard Virenque n’a pas levé les bras au ciel mais il a remporté une première bataille judiciaire en entendant le procureur de la République de Lille requérir la relaxe en sa faveur dans le procès Festina. Gérald Vinsonneau, premier procureur adjoint au tribunal de Lille, a estimé qu’aucune charge ne pesait contre le champion varois. Selon lui, rien dans le dossier n’atteste que Virenque fut le complice de l’instauration d’un dopage organisé et généralisé, sous surveillance médicale, chez Festina. Déjà, au cours de l’instruction menée par le juge Patrick Keil, Gérald Vinsonneau s’était opposé au renvoi du cycliste devant le tribunal correctionnel de Lille. Car, si le quintuple meilleur grimpeur du Tour de France a reconnu le 27 octobre, après deux ans de mensonge, s’être dopé, le code pénal ne...